Lundi 8 mai 1882 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Merci mille fois, mon cher Papa[1], du bon petit mot que j’ai reçu de toi ce matin ; je vais dans un instant faire ta commission à tante[2] car elle m’a promis de venir avec Émilie[3] après le cours de chant[4]. Je pense bien souvent à toi, mon Père chéri, et je serais bien heureuse si tu étais près de nous et que tu puisses venir me faire les bonnes visites que j’aime tant ; je sors peu dans ce moment et tu me tiendrais agréable compagnie. Nous allons toujours bien quoique parfois j’aie l’estomac un peu barbouillé[5]. Jeannette[6] prospère, nous avons cru découvrir ce matin que sa 11e dent était percée ; elle court toujours comme un petit rat et est d’une gaieté parfaite ; elle ne parle pas ; cependant depuis 2 ou 3 jours elle bredouille toutes sortes de choses incompréhensibles, ce qu’elle n’essayait pas de faire avant.

Il y a longtemps que je n’ai vu bon-papa et bonne-maman[7], je crois qu’on attend tante Eugénie[8] pour la dernière fois Mardi prochain.

Nous avons eu comme vous quelques journées très fraîches et beaucoup de vent ; mais notre petit jardin est si bien abrité que Jeanne a pu malgré cela continuer à sortir dès 9 heures du matin ; c’est vraiment bien précieux d’avoir ce petit coin, j’en jouis beaucoup ; nos roses commencent à être superbes. Ces récits de jardin m’amènent, sans préméditation, mon cher petit papa, à te rappeler que notre petit massif est toujours vide et attend les fleurs que tu as eu la bonté de nous promettre mais surtout, mon cher Père, si cela cause le moindre embarras n’y songe pas.

Marcel[9] me dit qu’il est fort tard et que je me dépêche si je veux que ma lettre parte aujourd’hui ; comme je me reprochais hier déjà de n’être pas venue te dire mon petit bonjour je vais abréger afin d’être sûre que tu auras demain matin, mon Père chéri, un bon baiser de ta fille qui t’aime tant, qui est si heureuse de penser à toi et qui a tant partagé tous les tourments par lesquels tu viens de passer. Allons, au revoir mon Père, tes enfants t’embrassent de tout cœur.

Marie


Notes

  1. Lettre non datée, à situer avant le départ des Duméril le 10 mai 1882 et un lundi, jour habituel du cours de chant.
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards.
  3. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  4. Cours de chant avec Pauline Roger.
  5. Marie Mertzdorff-de Fréville est enceinte.
  6. Jeanne de Fréville.
  7. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  8. Eugénie Duméril, veuve d'Auguste Duméril.
  9. Marcel de Fréville.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 8 mai 1882 (A). Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_8_mai_1882_(A)&oldid=40624 (accédée le 12 août 2022).

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