Lundi 7 août 1848

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Duméril (Trouville) à sa mère Félicité Duméril (Paris) avec ajout dicté par Adèle Duméril


Original de la lettre 1848-08-07-pages2-3.jpg


Trouville-sur-mer 7 Août

Ma chère maman

Je viens de recevoir ta lettre datée d’hier qui m’a fait le plus grand plaisir car ma tante Adine[1] croyait avoir entendu dire qu’il y avait du trouble à Paris, dans cette lettre tu me dis que nous je te ferais beaucoup de plaisir en restant plus longtemps mais moi ma chère maman je sais que si je prolongeais mon séjour je ne m’amuserais plus autant en pensant que je serais si longtemps sans te voir au lieu qu’à présent, je m’amuse beaucoup en pensant que bientôt je pourrai t’embrasser, peut-être mon oncle[2] ne partira-t-il que samedi soir alors mon voyage se trouverait encore prolongé de trois jours si tu me laisses libre je partirai avec joie à la fin de cette semaine. Je voudrais que tu voies Léon[3] dans ce moment il est rose il a le teint clair mange comme quatre et fait parfaitement toutes ses fonctions nous mangeons tous énormément et tous les jours nous augmentons la portion de notre pain d’une livre pour le moment nous en sommes à cinq livres de pain par jour. Voici à peu près comment nos journées se passent nous nous levons entre 7 heures et 8 heures et nous nous habillons et nous déjeunons avec du café, après déjeuner nous allons faire une promenade jusqu’à 11 heures qui est l’heure du bain alors nous rentrons prendre nos costumes et nous allons nous baigner, dès que Léon et Adèle[4] sont sortis de l’eau et boivent un doigt de vin sucré et mangent un morceau de chocolat que avec un petit peu de pain mais très peu après le bain nous rentrons immédiatement à la maison et nous fais déjeunons à la fourchette après le repas nous nous couchons une demi-heure puis nous allons de nouveau nous promener nous ne rentrons que pour dîner puis nous ressortons pour aller sur la plage et à huit heures et demi enfin nous nous couchons et nous dormons jusqu’au lendemain matin 7 heures tu vois ma chère maman que nos journées sont bien employées aussi depuis que je suis arrivée je n’ai pas eu le temps d’avoir mal à la tête. Une chose qui nous contrarie c’est que toutes les fois que nous allons sur la plage nous rencontrons M. et Mme Foulquier qui viennent d’arriver à Trouville, il y a quelques jours. Hier nous avons vu lancer un canot en mer et une joute aux canards faite par les baigneurs eux-mêmes ce qui paraît assez les ennuyer car ils ne font cela que pour divertir les baigneurs et les baigneuses. Il nous arrive une chose assez drôle il y a un monsieur avec des cheveux rouges que nous avions à table d’hôte au Havre il est venu en bateau à vapeur avec nous et depuis ce temps nous le voyons deux ou trois fois par jour. dernièrement mon oncle et Léon se sont baignés avec lui. Quand tu nous écriras ma chère maman tu peux adresser tes lettres rue de la comédie car nous demeurons à côté du théâtre qui appartient à monsieur de Gisors et qu’on loue en été pour servir d’écuries et de remises. Les saltimbanques qui donnaient des représentations l’année dernière ont volé les fruits et les légumes de madame Gondoin. Ma tante[5] a acheté à Léon des chaussures en caoutchouc ce qui est très bon contre l’humidité car hier nous sommes allés sur la plage à la marée basse et Léon quoique avec ses chaussons dans ses < > avait les pieds très secs ma tante et Adèle en ont de pareils les chaussures de Léon ont coûté sept francs. Nous voyons ma tante Adine tous les jours et le petit georges[6] devient très familier avec moi mais il continue à dire tous les jours avant le bain je ne veux pas aller à l’eau de mer tout tout moi : Adieu ma chère maman et mon cher papa[7] je vous embrasse de tout mon cœur.

C.D. Adèle va écrire à maman.

Léon ne pourra pas vous écrire aujourd’hui car il est en train de faire ses devoirs et le moment du bain va venir.

Ma chère tante Félicité

Je vous embrasse ma chère tante félicité la fumée (de la cuisine) me monte dans le nez quand je descends l’escalier aujourd’hui je monterai à âne mon bain je n’y suis pas restée longtemps j’ai pleuré dans le bain avec papa je suis entrée dans le bain c’est moi qui suis entrée dans le bain d’abord avec papa j’ai ramassé des coquilles avec papa sur le bord de la mer je suis comme dans ma maison dans la maison de madame Gondoin, j’écrirai une lettre à bonne-maman[8] de Paris demain j’écrirai aussi à bon-papa de Paris. Il y a des coussins dans le salon il y a comme ça des petites chaises qui sont très commodes dans le jardin il y a un petit encrier qui est très commode dans le salon adieu ma chère tante félicité.

Tu vois ma chère maman le style de la petite Adèle c’est elle qui a tout à fait dicté cette lettre et elle a presque pleuré parce que je ne voulais pas en écrire plus long.


Notes

  1. Alexandrine Brémontier, dite Adine, épouse de Charles Auguste Duméril.
  2. Auguste Duméril passe une partie de l’été à Trouville avec les siens, qui y séjournent 45 jours, jusqu’au 21 septembre.
  3. Léon Duméril, frère de Caroline, est né en 1840.
  4. Adèle Duméril, cousine de Caroline, est née en 1844.
  5. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste et mère d’Adèle.
  6. Le petit Georges, quatrième enfant d’Adine et Charles Auguste Duméril, est né en 1846.
  7. Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Alphonsine Delaroche, épouse d’André Marie Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 7 août 1848. Lettre de Caroline Duméril (Trouville) à sa mère Félicité Duméril (Paris) avec ajout dicté par Adèle Duméril », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_7_ao%C3%BBt_1848&oldid=41197 (accédée le 13 août 2022).

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