Lundi 26 juin 1876 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Cécile Milne-Edwards, épouse d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas (domaine de Brécourt à Sainte-Marie-du-Mont dans la Manche) à sa belle-sœur Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards (Paris)


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Lundi

Quel changement à vue, ma chère amie & que bouleversement de tous vos projets j’étais toute stupéfaire en lisant vos lettres, mais ce n’est pas ma stupéfaction qui m’a empêchée de vous répondre de suite mais bien une migraine complète que j’ai eue hier & qui m’a forcée à me coucher.

C’est bien ennuyeux que la chère petite Marie[1] ait besoin d’être soignée & je crains que vous et son père[2] ne vous inquiétiez plus que de raison, car enfin elle tousse, c’est vrai, & c’est une très mauvaise habitude, comme le dit M. Dewulf[3], mais elle n’a pas l’air d’une jeune fille malade, tant s’en faut, & quelques soins auront raison de tout cela. J’espère que M. Mertzdorff qui est loin ne va pas se mettre martel en tête, il est si facile de laisser aller ses idées plus vite qu’il ne faut.

1° Ce que je comprends pas chère amie c’est pourquoi ce changement de front raccourcit les vacances d’Alphonse[4], vous partez 8 jours plus tôt c’est vrai, mais Alphonse ne devait-il pas s’en aller toujours vers le 5 ou 6 Août ?

2° Quant à votre mère[5], vous devez avoir le cœur bien gros de la laisser et Cauterets ne lui serai-il pas très bon ? la fatigue du voyage est grande, je le sais, mais l’isolement, l’ennui et partant la tristesse sont aussi de bien mauvais compagnons & votre père[6] restant avec Alfred[7], Alphonse étant aussi à Paris pourquoi ne feriez-vous pas tous vos efforts pour emmener votre mère, je suis sûre que vous la persuaderiez aisément.

3° pour reprendre par ordre chaque partie de votre lettre, j’en arrive à Jean[8]. Vous pensez bien que j’ai été fort décontenancée & que j’ai flotté à droite, à gauche, cherchant le meilleur point d’équilibre, & je n’ai il me semble qu’une chose à faire, celle-ci, où je me suis arrêtée : rester à Arromanches jusqu’à la fin de Juillet & revenir quelques jours avant le départ d’Alphonse afin que Jean puisse bien se reposer entre ses 2 voyages, & le donner à son oncle, puisqu’il veut bien s’en charger. l’idée de revenir à temps pour qu’il vous suive à Cauterets n’a pas résisté à 5 minutes d’examen ; revenir en hâte à Paris pour repartir sans repos pour les Pyrénées c’était vouloir le rendre malade, car nous n’avons pas encore osé le conduire au bord de la mer de peur de le fatiguer !

4° Enfin ne pensez-vous pas que Biarritz ne sera pas l’idéal pour Marie, grand vent, mer forte, soleil ardent & qu’Arcachon serait bien préférable avec sa mer tranquille, ses bois de pins & sa température très douce aussi, il me semble que pour Marie comme pour Jean il y aurait avantage et Alphonse aurait un voyage bien moins long à faire pour vous rejoindre. Quant à l’Alsace je suppose qu’on ne permettra pas cette différence subite de climat juste au moment où le temps se refroidit & probablement vous resterez jusqu’au 15 7embre au moins au bord de la mer ? Je remercie Marie de sa gentille lettre & j’embrasse toute la jeunesse. Si vous étiez une faible mortelle je vous dirais que je vous plains mais je me contente de vous plaindre sans vous le dire. Merci pour la croix, elle est parfaite. Quand vous m’écrirez est-ce que vous pourriez me donner le nom de la maison où vous achetez vos étoffes de pauvre à Lyon & comment vous les faites venir. Noëlie[9] en voudrait [et] la perfection si ce n’était pas trop demander à une personne aussi accablée de courses et achats que vous devez l'être par ce départ précipité, ce serait de joindre à votre lettre une petit échantillon si vous en avez.

adieu chère amie, je voudrais bien apprendre que Mme Desnoyers va avec vous [ce] serait une grosse épine de moins pour vous.

Je vous envoie mes meilleures tendresses ainsi qu’à Alphonse.

CD

Comment va papa[10] ?

j’ai reçu ce matin une lettre de Louise[11] mais je ne veux pas lui écrire le même jour qu’à vous.

Notes

  1. Marie Mertzdorff.
  2. Charles Mertzdorff (« M. Mertzdorff »).
  3. Le docteur Louis Joseph Auguste Dewulf.
  4. Alphonse Milne-Edwards, frère de la signataire.
  5. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers (« Mme Desnoyers »).
  6. Jules Desnoyers.
  7. Alfred Desnoyers.
  8. Jean Dumas, fils de la signataire.
  9. Noëlie Dumas, épouse d'Hervé Mangon.
  10. Henri Milne-Edwards.
  11. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille et sœur de Cécile.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 26 juin 1876 (B). Lettre de Cécile Milne-Edwards, épouse d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas (domaine de Brécourt à Sainte-Marie-du-Mont dans la Manche) à sa belle-sœur Aglaé Desnoyers, épouse d'Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_26_juin_1876_(B)&oldid=51150 (accédée le 13 août 2022).

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