Lundi 24 juillet 1916

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff (La Bourboule), épouse de Damas Froissart à son fils Louis Froissart (Paris)

original de la lettre 1916-07-24 page 1.jpg original de la lettre 1916-07-24 page 2.jpg


24 Juillet[1]

Mon cher petit, tu es arrivé à Paris pour y apprendre, par M. l'Abbé[2], une bien triste nouvelle. Je sais par une lettre de Pierre[3] la mort de ce pauvre Dominique[4] et je devine toute la peine qu'elle te fait, comme à tes frères. Mais c'est surtout au chagrin de la pauvre Lily Ledru que je pense. Pauvre petite ! l'as-tu vue ? as-tu entendu parler d'elle ? Je lui ai écrit ainsi qu'à M. l'Abbé pour qui cette mort est aussi bien sensible. Que de vides déjà dans le cercle de vos amis ! Tu auras sans doute appris aussi, je ne te l'ai peut-être pas écrit, la mort du frère si malade de M. Pégneau ? voilà encore une famille éprouvée !

J'ai su par une dépêche de ton papa[5] hier matin que tu avais couché Samedi à Saint-Cloud[6] et que lui-même partait pour y déjeuner. D'autre part j'apprends par une lettre de Made[7] qu'elle juge plus prudent, étant un peu fatiguée, de ne pas aller à Paris ; vous n'aurez donc eu que Guy[8] aujourd'hui.

Ton voyage à Lyon ne s'imposait donc pas puisque ton papa devait te retrouver à Paris, mais je ne regrette pas que tu l'aies fait, malgré la privation qu'il m'imposait et la perte d' ½ journée de permission passée en chemin de fer. Tu auras mieux vu ton père pendant ces quelques heures de tête à tête que tu ne le vois à Paris, et puis je suis sûre qu'il a été très sensible à ta visite. Je crains, d'après ce qu'il me dit, qu'il n'ait pas eu d'autre consolation pendant son séjour à Lyon et qu'il ne soit pas récompensé de sa persévérance !

Je t'écris de Charlannes[9], partageant la dernière feuille de papier (encore est-elle à Lucie[10]) entre Pierre et toi.

Je t'embrasse tendrement, cher petit, heureuse de me reporter souvent par le souvenir aux bonnes journées que tu as passées ici et de revoir en songe tes belles couleurs cuivrées.

Emy

Un chien s'est installé près de nous, grand émoi parmi la jeunesse[11] en y comprenant Angèle[12]. On commence cependant à s'apprivoiser un peu.


Notes

  1. Lettre sur papier-deuil.
  2. L’abbé Marcel Pératé.
  3. Pierre Froissart, frère de Louis.
  4. Dominique non identifié.
  5. Damas Froissart.
  6. Chez son frère Jacques Froissart.
  7. Madeleine Froissart, épouse de Guy Colmet Daâge, probablement enceinte d’Hubert.
  8. Guy Colmet Daâge.
  9. Le plateau de Charlannes domine La Bourboule, où séjourne Emilie Froissart et sa fille Lucie.
  10. Lucie Froissart, épouse d’Henri Degroote.
  11. Anne Marie, Georges et Geneviève Degroote.
  12. Angèle, possiblement la bonne des petits Degroote.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 24 juillet 1916. Lettre d’Emilie Mertzdorff (La Bourboule), épouse de Damas Froissart à son fils Louis Froissart (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_24_juillet_1916&oldid=53269 (accédée le 18 août 2022).

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