Lundi 20 janvier 1919

De Une correspondance familiale


Lettre de Damas Froissart (Paris) à son Louis Froissart (mobilisé)


original de la lettre 1919-01-20 page 1.jpg original de la lettre 1919-01-20 page 2.jpg


Commandant Froissart
29, Rue de Sèvres, Paris[1]

Paris 20/1/19

Mon cher Louis,

J’ai appris aujourd’hui à la faculté des Lettres que « l’examen pour lequel les étudiants (de Lettres) ont échoué en Juin-Juillet 1913 et Juin-Juillet 1914 sera considéré comme acquis, sous cette réserve que, pour toute épreuve n’ayant pas mérité au moins le quart du nombre total des points, une épreuve complémentaire devra être subie avant l’examen de fin d’année le plus prochain. »
« Les étudiants » vise « les étudiants incorporés après avoir échoué aux examens des sessions de Juin-Juillet 1913 et de Juin-Juillet 1914 que leurs obligations militaires ont empêché de se représenter aux sessions suivantes… »
Tout cela est extrait d’une circulaire du 19 Xbre 1918 du ministre de l’Instruction publique…

[  ] le secrétaire de la faculté, informé que tu as eu beaucoup plus que ¼ des points en juillet 1914 (tu as eu 60 sur 140) mais que tu t’es présenté en novembre 1915 (ne l’a-t-il su que parce que je l’ai dit, croyant te servir parce que tu as eu, en novembre 1915, 65 ou 67 points sur 140, au lieu de 60 en Juillet 1914) ou devait-il le savoir, de toutes façons parce que tout étudiant a, apparemment, un dossier où viennent toutes les notes qu’il obtient au cours de ses études, je l’ignore.

Ce qui est sûr, c’est que tu es considéré par le secrétaire de la Faculté comme ayant cessé d’être dans les conditions pour être déclaré licencié d’office, par le fait que tu as pu te présenter à l’examen en 1915.

Bien entendu je me suis hâté de dire que tu n’as été mis en réforme temporaire que parce que tu étais gravement malade, que tu avais été trépané et que c’est seulement en Novembre, à la veille de rentrer au régiment que tu as voulu tenter la fortune.

Ton cas devient un cas individuel, devant faire l’objet d’une décision du Ministre[2].

Il me semble qu’il y a à produire un État de tes services disant que, mobilisé en Xbre 1914, tu as été réformé temporairement (de telle date à telle date) pour les motifs que tu trouveras dans la lettre de Maure[3] que je t’ai envoyée avec ma longue lettre d’hier.

Il y aurait intérêt à mettre à l’appui la note du Docteur Luc que tu as je crois [ ] de demander au Docteur  Luc, médecin des hôpitaux d’en faire une laissant pressentir une incapacité de travail d’un an par exemple sous menace d’une méningite. Et alors le fait que tu auras violé la prescription de ton chirurgien en travaillant un peu et en te présentant, en novembre 1915, n’aura plus, je crois, l’effet fâcheux de t’empêcher de bénéficier de la circulaire précitée du 19 Xbre 1918.

Vois si tu préfères rédiger toi-même, du front, une demande au ministre en ce sens ou si feignant d’être absorbé par tes occupations, tu en laisses le soin à… ta famille qui encourra une nouvelle responsabilité en cas d’insuccès et qui voudrait bien n’être pas vouée aux Gémonies.

Je crois en tout cas ne pas devoir faire de démarches au Ministère de l’Instruction publique avant d’avoir reçu tes instructions et les documents militaires [cités] ci-dessus. J’ai été ton mauvais génie en te poussant à te présenter en novembre 1915 et peut-être aussi aujourd’hui en disant au ministère que tu t’es présenté. Il eut été, je crois, pourtant, un peu délicat de le cacher dans l’espoir qu’on ne le [trouvât] pas.

J’augure bien de l’instance qui sera engagée au Ministère et je parie une bouteille que tu n’auras pas [ ]

Ne te fais-tu pas inscrire comme étudiant en droit au risque de ne pas passer d’examen. J’ai le sentiment que tu ferais bien pour [ ] hâtivement [ ] A ta disposition.

DF

Ta mère[4] reçoit une lettre pleine de reconnaissance de Mme Oberlé qui estime ta mère « heureuse d’avoir élevé un tel fils… » et une autre lettre de Mlle Madeleine Oberlé.


Notes

  1. En en-tête imprimé.
  2. Louis Lafferre, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, du 16 novembre 1917 au 27 novembre 1919.
  3. Le commandant Maure ?
  4. Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 20 janvier 1919. Lettre de Damas Froissart (Paris) à son Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_20_janvier_1919&oldid=53081 (accédée le 12 août 2022).

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