Lundi 20 et mardi 21 juillet 1868

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1868-07-20 pages1-4.jpg original de la lettre 1868-07-20 pages2-3.jpg


Villers-sur-mer 20 Juillet 68

Lundi matin 7 h

A toi, mon cher Ami, mon premier bonjour, ma grande Mie[1] est prête et en attendant le reste de la petite bande je te dirai que tout le monde a très bien dormi et se dispose à bien jouer sur la plage comme les jours précédents. Le temps est toujours splendide, nous sommes vraiment favorisées de nous trouver au bord de la mer par une saison comme celle-ci.

Le seul événement de notre Dimanche est la visite d’un Monsieur qui faisait beaucoup de bruit au pied de notre chalet, la voix nous a attirées à la fenêtre et c’était nous avons reconnu notre cousin Paul Target[2] qui venait à la hâte nous faire une petite visite, il nous apportait une charmante lettre de ma tante[3] qui répète encore combien elle a été contente de t’avoir chez elle. Je te quitte pour habiller petit Jean[4].

Mardi 1h. Bonnes nouvelles encore à te donner ce matin de ta petite colonie de Villers ; les mines se brunissent toujours de plus en plus, le dernier bain est toujours le meilleur et j’espère que nous serons contents de notre séjour au bord de la mer. Les enfants[5] ont une mine si fraîche et mangent de si bon appétit que cela doit leur faire du bien. La mer est calme comme un lac, le ciel bleu et les voiles des bateaux de pêche se dessinent en blanc à l’horizon, c’est magnifique… Jean crie comme un petit enragé, ce n’est pas une belle musique… mais c’est une excellente leçon pour les enfants, aussi nos fillettes sont parfaitement sages, l’une lit, l’autre fait de la tapisserie ; et ce matin sur la plage on a déjà travaillé. La mer battait dans son plein à 11 h aussi ces jours-ci prend-on les bains avant le déjeuner ce qui est toujours le meilleur. Demain je ne ferai pas nager Marie, elle est un peu courbaturée des reins, je pense que ce sont les efforts pour tâcher de nager, mais elle aime ses bains à la folie et patauge en vrai garçon à marée basse.

Je pense bien à toi mon pauvre ami, ton arrivée à la maison aura été si triste car c’est la première fois que tu n’as pas trouvé ta pauvre mère t’attendant[6] ; aussi j’attends avec impatience une lettre de Vieux-Thann me disant comment tu vas et comment tu as trouvé toutes choses. Ta bonne lettre de Samedi soir m’a fait bien plaisir. Maman[7] a été bien contente que tu sois resté à Paris. Nous avons eu, ce matin, une lettre d’Alphonse[8] nous disant que ces Messieurs t’avaient reconduit au chemin de fer.

J’ai eu une bonne lettre de bonne-maman Duméril[9]. Leurs pauvres amis Sauvel sont bien malheureux. On menace encore Jean d’un 5e fouet ! Oh ce sera un grand homme car il est persévérant dans ses idées ! il ne veut pas dormir…

Notre villa est très bien habitée. De bonnes familles, nos voisines du dessous sont les moins séduisantes. Deux grosses dames qui se couchent dans le sable pour prendre leur bain, et qui, dans cette position, rappèlent tout à fait certaine œuvre de la création que je ne veux pas nommer par respect pour l’espèce.

Nous tâcherons d’aller à Bourguignolles avant l’époque à laquelle nous pouvons avoir l’espoir de voir nos chers maris[10].

Notre ménage marche parfaitement, nous ne pouvons pas être mieux, tout ce que nous achetons est excellent et nous sommes bien mieux qu’à l’hôtel.

Adieu, mon cher Charles, je t’embrasse bien fort, les enfants en font autant. Je voudrais pouvoir prendre un peu de ta fatigue, je vois tant de choses que tu vas avoir à faire. Ecris-moi souvent, je me tourmente toujours quand je n’ai pas près de moi l’un de vous trois, enfin il faut être raisonnable.

Ta petite femme qui t’aime

Eugénie Mertzdorff

Mille bons souvenirs à oncle et tante Georges[11] et aux grands-parents Duméril[12].

Aglaé te fait dire mille choses gracieuses.


Notes

  1. Marie Mertzdorff.
  2. Paul Louis Target (1821-1908).
  3. Eléonore Pauline Lebret du Désert, veuve de Guy Jean Baptiste Target et mère de Paul Louis.
  4. Jean Dumas.
  5. Outre le petit Jean Dumas, Marie et Emilie Mertzdorff.
  6. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff et mère de Charles est décédée le 20 février 1868.
  7. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  8. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé Desnoyers et beau-frère d’Eugénie.
  9. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  10. Eugénie est à Villers-sur-mer avec sa sœur Aglaé.
  11. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  12. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 20 et mardi 21 juillet 1868. Lettre d’Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_20_et_mardi_21_juillet_1868&oldid=51653 (accédée le 8 août 2022).

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