Lundi 18 octobre 1813

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens)

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n° 223

Paris 18 Octobre 1813

Ma très chère Maman

Je trouve qu’il y a bien longtemps que je ne me suis procuré le plaisir de m’adresser à vous ; depuis plusieurs jours j’ai le désir de vous écrire pour vous donner des nouvelles de mon mari[1], et toujours quelque chose est venu m’en empêcher ; j’ai vu ce matin M. Bertera qui part demain, et je ne veux pas le laisser aller à Amiens sans lui remettre quelques lignes pour vous. J’ai régulièrement des nouvelles de votre fils ; ses lettres sont courtes parce qu’il a toujours très peu de temps à lui, cependant il a celui de me dire qu’il est très bien portant, que sa tumeur au col qui était encore bien grosse au moment de son départ est heureusement complètement dissipée ; et qu’il passe son temps très agréablement. A Angers et à Rennes il a été fêté de la manière la plus aimable, chaque jour on s’occupait de lui procurer quelque agrément nouveau, il a passé aussi deux jours très bons à Nantes, et il a dû quitter aujourd’hui Valognes où il aura été parfaitement reçu par un M. Duméril médecin[2] dont il vous a peut-être parlé quelquefois, il sera allé de là à Cherbourg, ces deux villes n’étaient pas sur sa route, il y est allé pour son plaisir. Maintenant il a encore à séjourner à St Lô, à Caen et à Rouen, mais il ne passera que 4 jours dans chacune de ces villes, ainsi le 1er ou le 2 de Novembre je le reverrai, et ce ne sera pas sans un grand plaisir comme vous pouvez le penser ; il sera bien temps qu’il rentre dans ses foyers, car voilà le mauvais temps qui paraît se bien établir. Cet été toujours froid a été bien fâcheux pour notre petit Auguste[3] ; et lorsqu’il a pris le dessus il y a eu bien peu de jours où j’ai pu le sortir avec une pleine sécurité ; s’il conserve cet hiver la croûte de lait qu’il a sur les joues, je ne sais si je pourrai me hasarder à le mettre au grand air, qui pourtant semble une chose bien nécessaire aux enfants. Après l’Etat dans lequel a été ce pauvre petit, vous seriez étonnée ma chère Maman, si vous pouviez le voir, de la bonne mine qu’il a maintenant ; il est devenu si lourd qu’à peine je peux le porter cinq minutes de suite ; il a une bonne figure toute ronde remplie d’expression, et il est d’une gaieté remarquable ; il aime beaucoup son frère[4] qui le lui rend bien ; et qui lui-même est en très bonne santé, il grandit et se fortifie beaucoup ; et c’est un personnage avec lequel on peut faire la conversation, il observe et réfléchit. Si on le laissait faire il prendrait trop l’habitude d’ajouter son mot à tout ce que l’on dit ; mais souvent il en met qui sont très drôles et singuliers pour son âge.

J’ai eu bien du plaisir à avoir des nouvelles de toute la famille, d’abord par mon beau-frère[5], et ensuite par M. et Mme Dumont[6], ces derniers regrettaient bien de vous avoir vu si peu. Je pense que vous aurez fait à Oisemont[7] un séjour agréable et que vous y aurez trouvé et laissé tout le monde en bonne santé. Ma belle-sœur et mon beau-frère se seront trouvés bien seuls pendant votre voyage, Montfleury[8] étant aussi absent ; il doit faire bien du vide dans votre maison. Mon beau-frère Auguste pense je crois à repartir dans peu ; il aura obtenu une bonne partie probablement de ce qu’il venait demander. Je suis bien fâchée que son voyage se soit trouvé dans le moment où Constant est absent, c’est une privation pour tous deux de ne pas se voir.

Je vous prie de présenter mille choses respectueuses de ma part à mon cher Papa[9] et beaucoup d’amitiés à vos enfants. J’aurais un grand plaisir à apprendre bientôt par vous-même de vos nouvelles, et de tous ceux qui nous entourent. Veuillez recevoir ma très chère Maman l’expression de mon respectueux et tendre dévouement.

Ma famille est en bonne santé, maman[10] me charge de vous présenter mille choses agréables.

A. Duméril


Notes

  1. André Marie Constant Duméril est en tournée dejurys de médecine.
  2. Jean Louis François Pontas-Duméril.
  3. Auguste Duméril, âgé d’un an, a été malade pendant l’été.
  4. Louis Daniel Constant Duméril, âgé de 5 ans.
  5. Auguste Duméril (l’aîné).
  6. Charles Dumont de Sainte-Croix et son épouse Rosalie Rey.
  7. La sœur de Rosalie, Geneviève Duval, épouse de Quevauvillers, vit à Oisemont.
  8. Florimond dit Montfleury (le jeune), neveu d’AMC Duméril ; il porte les mêmes prénom et surnom que son père, qui est remarié à Catherine Schuermans.
  9. François Jean Charles Duméril.
  10. Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p. 108-111)

Annexe

A Madame

Madame Duméril, à Amiens

Recommandée à Monsieur Bertera

hôtel de France

Rue Coq-héron

Pour citer cette page

« Lundi 18 octobre 1813. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_18_octobre_1813&oldid=40324 (accédée le 25 juin 2022).

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