Jeudi 30 juillet 1868 (C)

De Une correspondance familiale


Lettre d’Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1868-07-30C pages1-4.jpg original de la lettre 1868-07-30C pages2-3.jpg


Villers 30 Juillet 68

Jeudi soir

Mon cher Charles,

Dire qu’il y a à peine quelques semaines nous riions de Mme de Torsay[1], et nous voilà, sans la moindre honte, griffonnant tous les jours nos 4 pages ! Mais c’est si bon de recevoir tes lettres, je suis si heureuse de te lire que me voilà encore ce soir venue pour te remercier de ta si bonne lettre arrivée ce soir au moment où nous sortions de table et que j’ai eu le plaisir de lire tout doucement en vue de la mer. Mais ce qui me tourmente un peu c’est que tu sois souffrant ; tu es bien gentil de t’être soigné de suite et d’avoir pris toutes les mesures de sûreté, par ces chaleurs il ne faut pas laisser ces indispositions durer. Je suis contente que tu m’aies écrit la vérité, seulement je désire une lettre me disant que tu vas tout à fait bien. Etre malade sans avoir sa femme près de soi pour vous dorloter, ça ne devrait pas être permis.

Tu as bien fait d’aller à Colmar. Ta visite aura certainement fait plaisir. Pauvre Emilie[2], comme je la plains !… Et il n’y a rien à dire ni à faire.

Je t’ai laissé ce matin à 9h au moment où nos 2 cavaliers[3] se disposaient à partir pour Dives ce qui fut fait. Ils sont allés par la voiture en 1h 1/2 et sont revenus à pied par le bord de la mer en 3h, cherchant dans les falaises les fossiles. La récolte a été assez bonne et maintenant que nous avons ciseaux et marteaux nous comptons aller enlever quelques ammonites à l’entrée des Vaches noires. On avait eu soin de garnir les grands sacs (qu’on devait remplir de pierres) par quelques sandwichs. A 4h nos voyageurs arrivaient. Le temps a été très beau toute la journée et Agl[4] et moi avec nos petits enfants[5], sommes restées sur la plage, dans le jardin, et à travailler à la maison, car on profite de la petite machine.

Je ne veux pas oublier de te dire que Marie a été très sage aujourd’hui, aussi est-elle toute contente. La petite Founie est bien gentille, mais j’ai bien de la peine à la faire lire un /4 d’heure par jour ; elle joue et regarde sans beaucoup parler, mais les mines sont bonnes, c’est l’important. Tu nous retrouveras moricauds complets.

A 5h la bande s’est avancée dans l’océan, j’étais de la partie, j’ai trouvé cela à moitié agréable, cependant je recommencerai demain ; les enfants étaient si contentes. En se couchant, elles m’ont bien chargée d’embrasser pour elles ce bon père et de lui dire qu’on pensait beaucoup à lui et que nous voudrions bien qu’il revienne avec nous donner nos bains.

Julien nous quitte demain à 11h, il s’arrêtera à Lisieux et arrivera à Paris à la même heure que toi. Alphonse pense partir aussi Lundi soir. Nous aurons peut-être Dimanche la visite de Mme Lafisse[6] qui arrive Samedi à Bourguignolles. M. Edwards[7] n’est pas encore venu.

Merci pour les Industriels Alsaciens, c’est une attention qui me fait plaisir.

Adieu, mon chéri, soigne-toi bien, ne fais pas d’imprudence, pense que tu en as trois sur la plage de Villers dont tu as tout le bonheur et qui t’aiment plus que tu ne crois. A bientôt j’espère. Demain 15 jours que tu nous as quittées. Ta petite femme,

Eugénie M.

Tu demandes si je pense à toi ? quel vilain doute, certainement et beaucoup, et tes longues lettres me font un double plaisir car je te suis avant et après dans tes occupations. Nous avons un magnifique clair de lune, c’est splendide, ça serait bon de voir cela à ton bras. Les deux oncles se promènent, le reste dort, je vais en faire autant, encore un bon baiser.


Notes

  1. Clotilde Duméril, épouse de Charles Courtin de Torsay.
  2. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel et sœur de Charles.
  3. Alphonse Milne-Edwards et Julien Desnoyers.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Marie et Emilie (Founie) Mertzdorff et Jean Dumas.
  6. Constance Prévost, épouse de M. Lafisse.
  7. Henri Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Jeudi 30 juillet 1868 (C). Lettre d’Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_30_juillet_1868_(C)&oldid=40079 (accédée le 14 août 2022).

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