Jeudi 27 et vendredi 28 mai 1869 (C)

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay)

original de la lettre 1869-05-27C pages1-4.jpg original de la lettre 1869-05-27C pages2-3.jpg


Quoiqu'il soit bien tard, car après mon souper j'ai voulu faire un petit tour dans les cours & jardin avec un petit cigare, j'y ai rencontré Barbé[1], qui ne s'amuse pas non plus dans ses soirées, qui se promenait au jardin. L'on a causé & il est 10 h passées. Si les jours n'étaient pas marqués dans la semaine & tous les calendriers, je ne saurais jamais me figurer qu'il n'y a que 8 jours que je suis ici. C'est autant de mois. Le moyen de prolonger son existence, bien s'ennuyer pour que les heures n'aient pas de fin.
Mais enfin c'est comme cela !!!! Ne t'ai-je pas dit que j'ai écrit à Emilie[2] pour lui proposer de la conduire à Paris ; mais il est probable que je m'y serai pris trop tard & qu'elle ne saura accepter. Du reste ne veut-elle rester que si peu de jours ? Je puis avoir sa réponse demain.
Avant mon souper j'ai écrit une lettre à Mimi[3] elle partira demain matin à 6 h, tandis que celle-ci ne partira que le soir. Je me demande si vous ne la recevrez pas 24 h avant ?

12 h après. Vendredi matin.

Rentrant de chez l'oncle[4], je l'ai encore trouvé au lit, à peu près comme hier ; sa femme[5] consultant ses livres de médecine, me demandant ce que c'est que telle ou telle drogue. De médecin, pas.
Le pauvre oncle se fait vieux sa femme de même ; il n'y a plus à compter grandement sur lui.

Tout naturellement je ne lui ai pas dit que je comptais partir demain, que par suite de son accident je reste, cela lui faisait de la peine & n'avançait pas.
Ne me voyant pas arriver, il est probable que vous allez raccourcir votre séjour à Launay & rentrerez à Paris vers la fin de la semaine prochaine. C'est réellement ennuyeux, c'est le mot, car je m'ennuie bien
Il donc sûr que je passerai mon Dimanche ici, & ne pense pas que Morschwiller[6] vienne ici quoiqu'on sache que Thérèse[7] soit ici. Cette dernière va bien, a l'air contente d'être de nouveau ici.

Sans cela il n'y a rien de nouveau ici, l'on travaille peu & assez mal. A mes petites filles[8] j'ai de bien bonnes nouvelles à leur donner des petites amies[9] que je viens de rencontrer en rentrant ; elles sortaient de la messe avec leur maman[10], tante[11] & bonne-maman[12], l'on m'a dit qu'elles avaient des nouvelles & que la correspondance ne s'arrête pas, ce qui ne les empêche pas de désirer votre retour.

Midi voilà au moins 10 fois que je te laisse pour les uns ou les autres. ton ami l'Abbé est venu me demander le nécessaire pour son reposoir, tréteaux, planches, fleurs, pots. etc., etc... Chaque fois qu'il vient la liste est longue.

J'ai ton petit mot de Mardi qui m'arrive après celui de Mercredi soir. Tu peux croire que vos lettres sont toujours les bienvenues, surtout comme celles qui m'arrivent presque en chantant. Grand bonheur de savoir ta mère mieux.
Par ce même courrier je reçois une lettre de bonne-maman[13] qui m'invite à aller passer mon dimanche à Morschwiller. Pas de chance ! Je ne vois pas comment je me tirerai, j'aimerais tant rester ici. ou mieux encore être à Launay. Mais chut.
Nouveau message des Henriet auxquels je n'ai pas répondu.

Aussi est-il midi je te quitte bien à la hâte non sans te prier de distribuer quantité de baisers à tout ton entourage. Me réservant de te rembourser sans trop me faire prier
tout à toi chérie
CharlesMertzdorff

Vendredi midi
Je ne lis ni ne vois les journaux faute de temps ; raison pour laquelle je ne t'en ai plus adressé.


Notes

  1. Victor Barbé.
  2. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  3. Marie Mertzdorff.
  4. Georges Heuchel.
  5. Elisabeth Schirmer.
  6. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril habitent Morschwiller.
  7. Thérèse, cuisinière chez les Mertzdorff.
  8. Marie et Emilie Mertzdorff.
  9. Marie et Hélène Berger.
  10. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  11. Julie André, épouse de Léonce Berger.
  12. Marie Barbe Bontemps veuve de Jacques André.
  13. Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 27 et vendredi 28 mai 1869 (C). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_27_et_vendredi_28_mai_1869_(C)&oldid=40021 (accédée le 19 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.