Jeudi 21 avril 1881

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff et son époux Marcel de Fréville (Paris)


original de la lettre 1881-04-21 pages 1-4.jpg original de la lettre 1881-04-21 pages 2-3.jpg


Jeudi Soir  21 Avril 81.

Mes chers Enfants

Je viens de lire avec le plus grand plaisir ta bonne lettre & si tu te réjouis de tout ton bonheur c’est qu’en effet il y a peu de Mamans qui sont aussi heureuses que toi, tant sous le rapport de ta santé, que pour son enfant[1] qui s’élève comme un charme ; je dirais même que c’est merveilleux qu’un enfant nouveau née, qui donne si peu de préoccupations. Ce n’est pas toi, sa petite maman qui as été de si bonne heure habituée à de si belles manières. & bien malheureusement, car lorsqu’une jeune mère est toujours inquiète, elle n’a pas de repos, lorsqu’il est simplement méchant, ou volontaire, si ce dernier mot te fait mal, l’on s’imagine qu’il peut être malade & ses exigences augmentent en proportion. Si tu nous as donné & surtout à ta bien-aimée mère[2], bien des inquiétudes & des soucis, il est probable [ ]
Je m’imagine bien comment peut être notre petite Jeanne, elle progressait déjà bien lorsque je vous quittais & avant un mois elle va déjà nous faire quelques petites risettes bien gentilles, mais aussi bientôt après vont commencer les dents, vilaine épreuve.

De Nogent[3] j’ai aussi de bonnes nouvelles comme toi, pourvu qu’ils aient beau temps. Ici le baromètre est bas & l’on ne peut pas compter sur une belle journée.

La veille du Jour du Mariage de Marie Berger[4] il a fait un temps abominable, le jour même était passable l’on a vu le soleil & la journée s’est passée sans pluie. par contre ce matin il a gelé un peu, les Magnolias ont perdu leurs belles fleurs & très probablement les arbres fruitiers, qui sont encore en fleur, auront aussi souffert, quoique cela ne paraisse pas tant. Encore une ou 2 matinées comme celle-ci & les fruits sont mangés.
Comme tu le sais, pour la noce j’ai eu à loger pas mal de monde, ce qui est un assez grand embarras. 8 personnes qui n’ont passé que 2 nuits, elles ont quitté ce soir.
J’étais à l’Église désirant serrer la main à Marie, quoique les Berger aient oublié de me parler du mariage de leur fille, autrement que pour me remercier du cadeau & prendre leur disposition de logement. Mais la Mariée a tant tardé d’arriver à l’Église que je n’ai pas pu attendre la fin, car il était près d’une heure lorsque l’on est sorti.
Je n’ai donc vu personne que de très loin & il me serait bien difficile de te donner des détails comme je l’aurais désiré. Je sais qu’il y avait 6 demoiselles d’honneurs. les 2 sœurs de la mariée[5], les 2 demoiselles Antoine[6] & Mlle Gast[7] & une sœur[8] ou parente du fiancé. La fiancée était, dit-on, belle & simple ce qui est assez rare dans la famille. Mais ce qui m’a fait de la peine c’est que les Berger n’ont pas fait travailler leurs ouvriers & pas un seul ni même un employé sauf Keiser à l’Église, mais pas un. Je ne sais rien du dîner, Léon & sa femme[9] n’étaient qu’à la soirée qui a commencé à 9 h & s’est prolongée jusqu’au jour, il était 4 ½ lorsque nos hôtes sont rentrés. il paraît que les jeunes mariés se sont fait conduire à 7 h à Lutterbach pour coucher sans doute à Bâle, & le reste a dansé & l’on s’est beaucoup amusé, surtout après le souper de Minuit. Léon Marie qui voulaient rentrer vers 2 h ont fait comme les autres. Je ne sais où va aller passer sa lune le jeune couple.

Nos grands-parents[10] ont reçu ta lettre & sont bien heureux de l’idée de prendre gîte chez vous, ils viennent de sortir d’ici (7 h soir) très contents surtout bonne-maman qui me promet bien de ne pas gâté Jeanne, leur départ n’est pas encore décidé & dépend un peu de la clôture de l’Inventaire où il faut que bon-papa soit pour au moins être en nombre suffisant ; bon-papa est secrétaire de la réunion, Oncle Georges[11] est président & se sont là tous nos actionnaires en dehors des gérants[12].

Recevez tous deux mes plus affectueux Baisers.


Notes

  1. Jeanne de Fréville.
  2. Caroline Duméril (†), première épouse de Charles Mertzdorff.
  3. Launay où se trouvent Alphonse Milne-Edwards, son épouse Aglaé Desnoyers, Émilie Mertzdorff et Marthe Pavet de Courteille.
  4. Marie Berger épouse Paul Henri Rich.
  5. Hélène et Julie Berger.
  6. Probablement Marie Élisabeth Louise et Marie Fanny Antoine (nées en 1855 et 1856).
  7. Probablement Caroline Gast.
  8. Anna Maria Rich.
  9. Léon Duméril et son épouse Marie Stackler.
  10. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  11. Georges Heuchel.
  12. Voir les statuts de la Société.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 21 avril 1881. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff et son époux Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_21_avril_1881&oldid=52404 (accédée le 8 août 2022).

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