Jeudi 14 juin 1877 (B)

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1877-06-14B pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-06-14B pages 2-3.jpg


Jeudi 14 Juin 1877[1]

Ma chère Marie

Je suis en faute & n’ai plus le temps de vous écrire comme je voudrais. D’abord que je vous dise que j’ai fait bon voyage, mais dans un mauvais compartiment n’ayant trouvé place qu’avec les fumeurs où nous étions au départ au complet. Je suis arrivé à Mulhouse à l’heure ordinaire, ai déjeuné enlevé le plus gros de la poussière que vous connaissez. Mme Stackler[2] & Mme Marie[3] sont venues fort aimablement me trouver à la gare pendant que je déjeunais. Ces dames vont bien, Marie n’est pas encore comme j’espère la voir un jour, mais elle n’a plus tout à fait aussi mauvaise mine.
En arrivant j’étais fatigué, me suis arrêté un moment chez les Heuchel[4] qui vont bien, rentré se raproprier & l’heure du dîner arrive si vite que je n’ai pas pu vous écrire.
Après midi je me suis couché sur le petit canapé & si bien que ce n’est qu’à 7h du soir que je me suis réveillé & encore sans l’heure du souper j’aurais continué à dormir.

C’est donc 5 bonnes heures de repos, mais la journée - point. Ce matin la curiosité m’a poussé à la fabrique puis au Jardin un instant parce que mon pauvre Jardinier est bien malade, il aura bien du mal à se remettre & très probablement ne saura plus travailler ! Stern[5] est aussi malade de sorte que Jeangele est seul chef des Jardins ; ce qui n’est pas à l’avantage des derniers.
L’on a profité de mon absence pour blanchir quelques pièces ce qui a nécessité un curage complet de la maison, aussi est-elle comme neuve.

Je n’ai trouvé aucun ennui de fabrique, le travail se fait assez bien. mais je ne suis, grâce à ma paresse d’hier, pas encore bien au courant de ce qui s’est fait & se fait.
Je n’ai pas vu le nouvel appartement[6], je sais que personne n’y travaille & qu’il n’est guère plus avancé que lorsque je l’ai quitté.
Marie n’est pas ici elle est à Mulhouse & Léon arrive le matin 7 ½ h pour rentrer à Mulhouse à 4 ½ h. Je ne sais pas trop pourquoi elle n’est pas venue hier soir. ou ce matin.

Depuis hier il fait bien moins chaud, ainsi aujourd’hui un temps magnifique de l’air & un temps à promenade.

Hier au soir M. & Mme Duméril[7] sont venu me voir ; Bonne-maman souffre par ces chaleurs & elle n’a pas une mine bien brillante. par contre Bon-papa va très bien ses promenades lui réussissent.

Du ménage rien de particulier, Thérèse[8] a fait une nouvelle petite lessive puis les nettoyages etc... elle a toujours auprès d’elle Emilie[9], comme aide & surtout couturière & repasseuse. Mais il faudra que bien des choses soient régularisées pour conserver la paix dans tous nos ménages. Maintenant que je ne suis plus complètement Seigneur & maître il faudra voir comment nous allons nous organiser pour contenter tout le monde, les domestiques surtout ![10]

C’est bien à la hâte que je t’écris il a sonné depuis quelques minutes.
La prochaine lettre je tâcherai de me donner plus de temps.

la nuit de mon voyage la chaleur était supportable, même à Belfort je regrettais de ne pas avoir de paletot.

L’on commence les foins & ce sera une grosse affaire car il y en a tant & les ouvriers sont rares, heureusement que la machine nous vient en aide.
La campagne est bien belle & tout fait espérer une belle récolte, même de vin & pommes de terre.
Presque toutes les poires au Jardin sont tombées de sorte que cette année encore il y aura peu de fruits dans nos jardins. Il y a un peu de cerises mais pas de prunes, pas mal de pêches, peu de poires. etc.


Notes

  1. Papier à en-tête : Charles MERTZDORFF
  2. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler et mère de Marie.
  3. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  4. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  5. M. Stern, employé par Charles Mertzdorff.
  6. L’appartement pour le jeune ménage Léon Duméril- Marie Stackler.
  7. Louis Daniel Constant Duméril (« Bon-papa ») et son épouse Félicité Duméril (« Bonne-maman »).
  8. Thérèse Neeff, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  9. Émilie Sussenthaller.
  10. Le jeune ménage doit cohabiter quelques mois avec Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 14 juin 1877 (B). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_14_juin_1877_(B)&oldid=51639 (accédée le 14 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.