Jeudi 12 juillet 1900

De Une correspondance familiale



Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


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12 Juillet[1]

Ma chère Marie,

Je voulais t’écrire tranquillement aujourd’hui, mais j’ai entrepris des rangements de bureau puis j’ai retrouvé ici une collection de billets de faire-part, de factures && auxquels il a fallu répondre et je me suis laissée absorber par ces ennuyeuses occupations.

J’ai cependant beaucoup de choses à te dire, quoique je t’aie quittée à peine depuis 48h.

1° Je n’ai pas pensé à te demander si tu connaissais une nourrice sèche : Mme Desticker[2] (la cousine de Mme de Francoville[3]) en cherche une pour sa fille[4] qui doit accoucher dans un mois et qui essaiera de nourrir.

2° Damas[5] m’écrit qu’il a reçu une notice sur M. David[6] par M. Doumie[7], sait-tu si c’est lui-même qui l’a envoyée, en as-tu reçu ?

Je pense de plus en plus au petit appartement ; j’ai encore écrit à Damas à ce sujet, il me laisse absolument libre de le faire louer et m’y engage tout en m’indiquant une restriction à faire pour le cas où nous reviendrions habiter Paris, ce qui est toujours dans les choses possibles ! mais je crois que si tante C.[8]. ne vend rien de son mobilier et de celui de tante L.[9] elle ne peut se passer de cet appartement et que, dans quelques années, lorsqu’elle aura simplifié le train de Launay il ne lui paraîtra plus déraisonnable de mettre 8 000 F à son loyer. Cette année, avec tous les cadeaux à faire, le déménagement, & a été particulièrement lourde. Je m’arrangerai en lui en parlant pour qu’elle n’aie pas l’idée que cette pensée m’est venue en lisant la lettre de Marthe[10]. Je compte sur toi pour lui raconter, si elle t’en parle, que j’en avais exprimé l’idée au moment de la mort d’oncle[11] et que j’avais, à cette intention, visité l’appartement. Je lui dirai que, si je ne lui en ai pas parlé pendant mon séjour, c’est que je n’avais pas pu en causer suffisamment avec Damas Dimanche pour prendre une décision et que je lui ai donnée de nouveaux détails par écrit sur cet appartement.

J’ai vu Jacques[12] hier, il va bien. Il s’agite passablement de son examen et travaille à force. Il sera ici de Samedi soir à Dimanche soir. J’ai vu aussi mon Docteur[13] qui prétend toujours voir dans ma gorge 2 points susceptibles de s’enflammer très facilement, et jugeant les badigeonnages insuffisants puisque j ce n’était pas disparu, il me les a cautérisés. Le résultat immédiat de ce remède violent est de m’avoir passablement irrité la gorge, il me l’avait dit d’ailleurs ; mais si cela doit, par la suite, me rendre moins sensible, je ne m’en plaindrai pas.

Je ne t’ai pas assez remercié, avant-hier, ma chérie, de cette longue course que je t’ai fait faire. C’est toi qui fais tout, vois-tu. Quant à moi, il est impossible d’avoir été plus stupide et plus nulle et je ne me pardonne pas d’avoir, par ma maladresse, laissé à la pauvre tante Cécile un souci que je pouvais si bien lui éviter. Toi du moins tu l’aides, moi je n’ai fait que compliquer son existence en l’encombrant de ma personne et de mes enfants. J’en suis très confuse.

Adieu ma chérie je t’embrasse tendrement, merci encore pour mes filles[14], tu as été si bonne pour elles.

Émilie


Notes

  1. Lettre sur papier deuil, datant probablement de 1900.
  2. Marie Élise Francoville, veuve de Jean Gustave Desticker.
  3. Probablement Sophie Marie Constantine Francoville, veuve de Charles Francoville.
  4. Probablement Marie Desticker, épouse d'Auguste Vernin ; elle accouche en 1900 de Jacques Vernin. .
  5. Damas Froissart.
  6. Albert David-Sauvageot († 1899).
  7. René Doumie (1860-1937), critique littéraire et journaliste, publie en 1900 une Notice biographique sur M. David-Sauvageot.
  8. Cécile Milne-Edwards, veuve d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  9. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  10. Marthe Pavet de Courteille, épouse de Jean Dumas et fille de Louise Milne-Edwards-Pavet de Courteille.
  11. Alphonse Milne-Edwards, décédé en 1900.
  12. Jacques Froissart, pensionnaire.
  13. Le docteur Hubert Lavrand.
  14. Lucie et Madeleine Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Jeudi 12 juillet 1900. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_12_juillet_1900&oldid=54881 (accédée le 15 août 2022).

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