Fin janvier 1843

De Une correspondance familiale


Lettre d’Auguste Duméril (Paris) à son oncle Auguste Duméril l’aîné (Arras)



Cette lettre doit être du mois de Mai ou Juin 1842[1]

D’André Auguste Duméril

Mon cher et bon oncle,

Mes parents[2] ont déjà cherché à vous exprimer leur reconnaissance à propos de la décision que vous avez prise à mon égard, en arrêtant que les démarches pour l’obtention des dispenses terminées, mon mariage pourrait avoir lieu. Je veux, à mon tour, vous adresser tous mes remerciements pour cette nouvelle preuve de votre affection et de votre bonté, et vous dire combien je suis touché de ce témoignage de confiance que vous me donnez, en me permettant de devenir votre gendre avant d’être arrivé à satisfaire aux conditions qui avaient été stipulées. Mais comme ce n’est point par ma faute que ma position ne s’est point améliorée depuis le mois de Mars dernier ; comme nous avons fait tout ce qui a dépendu de nous pour arriver à ce résultat, et que ce sont les occasions seules qui ont manqué, j’ai tout lieu d’espérer que cette confiance que vous paraissez avoir en moi ne sera point trompée, et que j’arriverai, sans trop tarder, à quelque changement favorable. Mon père a parlé l’autre jour à M. Thénard[3] de ma position, et de mon désir d’arriver au professorat dans un collège. Il a été extrêmement gracieux, il a tout de suite parlé de la nécessité du grade de bachelier ou de licencié ès-sciences. Mon intention a toujours été, depuis que je me suis tourné vers les sciences naturelles, de prendre ce grade et celui de docteur. Mais la première difficulté est le grade de bachelier, que je n’ai point, et qui est beaucoup plus difficile à obtenir, parce que les matériaux en sont bien plus nombreux et plus variés. Or, voilà en quoi M. Thénard s’est montré très obligeant, c’est en promettant de demander pour moi au ministre[4] la dispense de ce grade de bachelier, en s’appuyant sur mon titre de docteur en médecine. Si le rapport sur mon mémoire est favorable, ce sera un titre de plus pour moi, puisque peut-être s’il était tout à fait à mon avantage, pourrait-il me faire obtenir cette dispense. Je vais donc m’arranger de manière à passer l’examen de la licence avant Pâques. J’aime à me figurer qu’à cette époque, les dispenses seraient obtenues. Il n’y a guère lieu de compter sur un changement d’ici-là, mais j’aurai alors acquis un nouveau titre. M. Fl.[5] doit commencer son cours en Mai, et alors, je serai fort occupé, et dans l’impossibilité de m’absenter : mon père[6] commencera le sien dans le courant de ce même mois ; je serais donc très heureux que le mariage pût se faire dans la seconde moitié du mois d’Avril. En parlant ainsi, mon cher et bon oncle, j’espère ne rien faire qui ne soit conforme aux intentions manifestées dans votre lettre à Félicité[7]. Quoique je n’aie laissé échapper en aucune occasion de faire connaître à ma chère cousine Eugénie la vivacité de mes sentiments à son égard, je profite avec bonheur de celle que m’offre cette lettre, puisque, par des motifs que je sais comprendre et que je respecte, il ne m’est point permis de m’adresser directement à elle, pour vous prier de lui faire connaître combien je suis touché de la décision que vous avez prise et qui hâtera la réalisation d’un événement que tout me porte, par avance, à considérer comme un des plus heureux de ma vie. Le bonheur que j’attends de cette union, je m’efforcerai de le rendre réciproque, en imitant Constant, autant que je le pourrai.

Adieu, mon cher oncle, veuillez transmettre à ma chère cousine l’expression de ma vive et tendre affection, et trouver avec ici celle de mon très sincère et filial attachement.

Mes parents vous prient, ainsi qu’Eugénie, de recevoir leurs cordiales amitiés. Nous vous demandons tous de distribuer à vos hôtes[8] nos compliments très affectueux.


Notes

  1. Mention erronée.
  2. André Marie Constant Duméril et Alphonsine Delaroche.
  3. Louis Jacques Thénard est membre de l'Académie nationale de médecine et du Conseil de l'instruction publique (depuis 1830).
  4. Abel François Villemain (1790-1870) est ministre de l’Instruction publique d’octobre 1840 à décembre 1844.
  5. Pierre Flourens, professeur au Muséum
  6. André Marie Constant Duméril est professeur au Muséum, dans la chaire de zoologie (reptiles et poissons) depuis 1825.
  7. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant et sœur d’Eugénie (la fiancée d’Auguste).
  8. Auguste Duméril l’aîné, accompagné de sa fille Eugénie, est en visite à Arras chez son fils Charles Auguste et sa femme Alexandrine (dite Adine) Brémontier.

Notice bibliographique

D’après le livre de copies : lettres de Monsieur Auguste Duméril, 1er volume, « Lettres relatives à notre mariage », p. 139-142

Pour citer cette page

« Fin janvier 1843. Lettre d’Auguste Duméril (Paris) à son oncle Auguste Duméril l’aîné (Arras) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Fin_janvier_1843&oldid=43096 (accédée le 10 août 2022).

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