Dimanche 7 août 1870

De Une correspondance familiale

Lettre d’Auguste Duméril (Chaumont) à son frère Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril (Morschwiller)

livre de copies, vol. 2, p. 609 (lettre 1870-08-07).jpg livre de copies, vol. 2, p. 610 (lettre 1870-08-07).jpg


D’André Auguste[1] Paris.

Dimanche 7 Août 1870  4 h.

Mes chers amis,

Nous[2] voici heureusement entrés au port, après 1 h 25 de retard, à l’arrivée, à Chaumont[3], et à peu près autant, au départ. Nous étions à la maison à 7 h 10 environ. Vous pouvez, sans peine, vous représenter le bonheur des arrivants et le bonheur, de celle qui les recevait[4].

Je n’ai pas été très fatigué du voyage. Je viens de passer 3 heures sur le canapé du salon, et mes jambes, un peu lasses, et bien plus gonflées, par une si longue station assise, se sont trouvées très bien de la position horizontale, et, par 2 h ½ de sommeil, je viens de réparer, en partie, ce qui m’avait fait défaut, cette nuit, et surtout ce matin, en wagon. Au moment où je venais de me réveiller, est arrivé Jules Gastambide, qui prend demain, grâce à la protection du général Chabaud[5], une position bureaucratique, dans la mobile, aux fortifications de Paris. Il nous apporte les déplorables nouvelles de la guerre, que le journal vous apprendra demain : c’est-à-dire, la défaite de Mac Mahon[6], battant en retraite, mais en bon ordre ; celle du général Frossard, et, par suite, l’entrée des Prussiens en France[7]. En présence de récits semblables, qui sont officiels, on reste terrifiés, en pensant aux conséquences que la guerre peut entraîner. Enfin, espérons dans le bonheur habituel des armées de la France.

La banque de Chaumont est splendide : l’appartement de nos enfants, très vaste et très bien disposé, semble-t-il, quoique l’absence de toute armoire soit un grand défaut. Nous reparlerons de tout cela plus tard. La joie de Félix, vous vous la représentez ; la douce et calme résignation d’Adèle, toute entière aujourd’hui au bonheur de nous revoir, vous vous en faites facilement le tableau.

Quant à nous, en terminant, qu’avons-nous à vous dire, sinon, que nous emportons, de notre séjour auprès de vous, les plus doux et les meilleurs souvenirs, et c’est le cœur plein de la plus tendre reconnaissance que nous vous embrassons, comme nous vous aimons.


Notes

  1. Auguste Duméril.
  2. Auguste et son épouse Eugénie Duméril.
  3. Le gendre d’Auguste Duméril, Félix Soleil, vient d’être nommé caissier à la Banque de Chaumont.
  4. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  5. François Henri Ernest de Chabaud Latour.
  6. Après la défaite du 4 août à Wissembourg, les trois corps français d’Alsace sont placés sous le commandement de Mac Mahon ; mais avant qu’il ait rassemblé toutes ses forces et malgré l’héroïsme des tirailleurs algériens et des cuirassiers, il est battu le 6 août à Frœschwiller.
  7. La Ire armée allemande pénètre en Lorraine le 6 août et bat le corps du général Charles Auguste Frossard à Forbach.

Notice bibliographique

D’après le livre de copies : Lettres de Monsieur Auguste Duméril 2me volume (pages 609-611)

Pour citer cette page

« Dimanche 7 août 1870. Lettre d’Auguste Duméril (Chaumont) à son frère Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril (Morschwiller) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_7_ao%C3%BBt_1870&oldid=39684 (accédée le 7 août 2022).

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