Dimanche 5 et lundi 6 avril 1874

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1874-04-05 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-04-05 pages 2-3.jpg


Dimanche Soir 5 Avril 74[1]

Mia carissima Maria

Voilà bien des jours que je me propose de vous écrire, & je laisse passer les jours. Je suis seul ce soir, Georges[2] est allé à Morschwiller ce matin il y reste, car demain Lundi, je pense y aller aussi. Comme Dimanche dernier bonne-maman[3] n'a pas pu accompagner ses Messieurs, il se trouve qu'il a 15 jours que je ne l'ai pas vue. Je sais qu'elle va bien, que son mal n'a rien été, que très probablement une observance trop rigoureuse de Carême.
Je n'étais pas à Mulhouse Mercredi dernier ; il m'en coûte d'aller à cette Bourse, où l'on voit trop de monde.
Je ne vois plus très bien ce qui s'est fait Jeudi. Vendredi St l'on n'a pas travaillé à la fabrique, j'ai passé une bonne partie de mon temps au laboratoire & au bureau.
Hier Samedi la fabrique a travaillé j'ai beaucoup circulé.

Ce matin après l'Eglise & après que Georges m'avait quitté je me suis mis à dessiner des projets de rames ; j'aime bien, avant de donner un projet à l'étude, le voir toujours avant moi-même & me rendre compte de ce que l'on peut faire.
Puis au laboratoire, j'ai fait quelques essais qui ne m'ont pas réussis ; mais je recommencerai un autre jour, lorsque de meilleures idées voudront, peut-être, m'éclairer.
Puis j'ai dessiné encore, puis quelques journaux, j'en ai tant maintenant & c'est ainsi que je suis arrivé à 9h du soir. Toute la journée tout seul, mais n'ai pas eu un moment d'ennui.

Tu connais Wagner le graisseur[4], celui que tu voyais journellement nettoyer la grille du canal, devant vos fenêtres. Il s'est le matin donné un petit coup avec une clef en fer au front. Il a continué le travail toute la journée, a bien soupé & s'est mis à scier du bois chez lui.
Tout à coup il a eu une forte douleur dans la tête & depuis il est couché dans une fièvre bien grave.
Le docteur lui a ordonné de la glace sur la tête & depuis quelques jours, je fais fonctionner la machine. Mais ce n'est pas sans peine que l'on obtient un bon morceau de glace. La machine ne me semble pas aussi pratique que je la voyais avec vous & aujourd'hui j'hésite à la donner à la pauvre sœur, qui certainement ne saurait pas s'en servir avec fruit. franchement cela ne vaut pas une bonne glacière.

Vendredi dernier la fabrique ne travaillant pas, Georges se proposait de promener son chien au Rossberg. En forêt la bête rencontre un lièvre, son maître attend son chien 3h & ne voit rien revenir. Tout désolé il rentre pour le dîner. A 1h il repart avec Stern[5] à une nouvelle recherche tout aussi inutile, il a passé ainsi 8 heures en montées & descentes, le soir fatigué, il était désolé de son aventure.
Le lendemain matin M. Pétrus lui dit que son chien est entre les mains d'un douanier Prussien qui se fait ami des bêtes pour la revente. Dépêcher Stern immédiatement, il n'a pas eu trop de mal à ravoir la bête.

Aujourd'hui Georges pour promener sa bête est allé à pied à Morschwiller & probablement il aura été mouillé, car il a plu presque toute la journée ; ce qui n'a pas empêché de voir à l'église les plus magnifiques toilettes du village qui se surpasse.

Merci à Emilie[6] chérie pour sa bonne lettre reçue ce soir, ce qu'elle me raconte de Mme [Charponnier] m'a beaucoup amusé & je suis à me demander comment sera ma petite chérie avec sa tournure, vais-je la reconnaître encore ? Vu par le back side.

Il m'est arrivé une petite aventure avec ta lettre ; elle est allée à Morschwiller & bonne-maman l'a bien remise à Léon[7], pour me la remettre mais cet ami l'a oubliée 2 fois, de sorte que ce n'est qu'hier que je suis rentré en possession & comme je n'avais pas pris le nom de la jeune personne qui demande les papiers à Bitschwiller je n'ai rien fait encore. Demain c'est fête & je vais à Morschwiller de sorte que ce ne sera que Mardi que je m'en occuperai, mais je tâcherai de presser le secrétaire de la mairie. Je ne sais rien de Thann ni de Wattwiller où je veux toujours aller.
J'ai vu la sœur Bonaventure qui ne trouve pas bonne mine à Mme Henriet[8]. Merci aussi de ta lettre reçue il y a 3 jours.

Je vous embrasse bien tous de tout Cœur
Charles Mff

Lundi. Encore un petit bonjour avant de m'en aller & beaucoup de gros baisers.
Il y a toujours peu d'entrain dans la marche de l'usine. Nous avons toujours pas mal de malades surtout aux Rames. Jeangele[9] va mieux par contre Wickert me dit-on va mal, il est malade depuis longtemps.


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Georges Duméril.
  3. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Joseph Wagner.
  5. M. Stern, employé par Charles Mertzdorff.
  6. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  7. Léon Duméril.
  8. Célestine Billig épouse Louis Alexandre Henriet.
  9. Jeangele, Jean, domestique chez les Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 5 et lundi 6 avril 1874. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_5_et_lundi_6_avril_1874&oldid=39662 (accédée le 16 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.