Dimanche 25 mars 1860

De Une correspondance familiale

Lettre de Léon Duméril et de sa sœur Caroline, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à leurs parents Louis Daniel Constant et Félicité Duméril (Paris)

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25-3-1860

Dimanche. Vieux-Thann

C'est en attendant une lettre nous annonçant votre bonne arrivée dans la capitale, mes chers parents, que je vous écris pour dire qu'ici tout le monde est bien si ce n'est Caroline tourmentée par un gros aphte qui lui est venu cette nuit, et Charles[1] qui a aussi ce matin une petite migraine, quand à Mimi[2] elle dort dans ce moment du plus profond sommeil après un bout de promenade dans le jardin entre deux averses, car il faut vous dire que vous avez probablement amené avec vous le beau temps à Paris, toujours est-il qu'ici il nous a quittés et depuis Vendredi soir nous jouissons d'un mélange de pluie, de grêle, et de <neige> qui hier surtout n'a pas cessé de tomber.

Votre lettre dont nous vous remercions bien vient d'arriver, nous avons été bien peinés de l'état de faiblesse dans lequel vous avez trouvé bon-papa[3] et qui doit bien inquiéter ; il est toujours heureux que l'empereur[4] l'ait si bien reçu et les honneurs qu'on semble vouloir lui rendre maintenant lui donnent heureusement une satisfaction qu'il n'aurait pas ressentie il y a vingt ans. Nous n'avons rien à vous dire de bien nouveau depuis votre départ, cependant Caroline a l'intention d'ajouter quelques lignes à ces quelques lignes, et je lui cède la place.

Adieu mes chers parents en vous envoyant mes meilleures amitiés et vous priant de me rappeler au souvenir de toutes les personnes du Jardin.

Votre fils bien affectionné

Léon

Ma chère Maman

A la hâte, je veux te dire combien je suis heureuse de vous savoir arrivés à bon port, tu comprends le vide que vous faites ici et combien notre vie, la mienne surtout est changée, mais je pense sans cesse à mon voyage à Paris et commence mes préparatifs. Nous comptons partir la veille de Pâques à midi pour Colmar et nous reviendrons le Lundi, ainsi Charles ne perdra pas de temps. Cette pauvre Emilie'[5] a de nouveau bien des tourments domestiques. Nous allons bien sauf un aphte qui m'est venu cette nuit, aussi Charles n'a-t-il pas voulu que j'aille à l'église, ce qui me contrarie toujours beaucoup.

Je ne vous dis rien sur bon-papa. Léon exprime bien nos sentiments, je m'attends à éprouver aussi une émotion bien triste en revoyant ce pauvre grand-père.

Mimi est à ravir ; l'autre nuit elle ne s'est pas réveillée du tout, je me trouve à merveille de la coucher de si bonne heure.

Léon continue ses leçons de danse chez M'me André[6] j'en suis bien aise, je suis allée voir ces dames pour arranger la chose.

Tu t'es chargée n'est-ce pas de toutes mes amitiés pour les demoiselles Desnoyers[7] donne-moi des détails je t'en prie dans ta prochaine lettre que j'attends bientôt. Je serai bien contente d'avoir mon chapeau et le vêtement dont je t'ai prié de vouloir bien parler à mes amies.

Adieu mes chers parents, excusez mon griffonnage mais Léon va en ville. Je vous embrasse bien tendrement et suis votre fille Crol

Les bonnes'[8] ne peuvent pas prendre leur parti de votre départ. Tout est bien arrangé pour les repasseuses demain.

Maman'[9] va bien.


Notes

  1. Charles Mertzdorff, mari de Caroline Duméril.
  2. Marie Mertzdorff, fille des précédents.
  3. André Marie Constant Duméril.
  4. Napoléon III ; voir la lettre du 4 mars 1860.
  5. Emilie Mertzdorff, sœur de Charles, épouse d’Edgar Zaepffel.
  6. Marie Barbe Bontemps, veuve de Jacques André.
  7. Eugénie et Aglaé Desnoyers.
  8. Catherine, Marie et Cécile (attachée à la petite Marie Mertzdorff) sont au service de la famille.
  9. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff, belle-mère de Caroline.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Dimanche 25 mars 1860. Lettre de Léon Duméril et de sa sœur Caroline, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à leurs parents Louis Daniel Constant et Félicité Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_25_mars_1860&oldid=39548 (accédée le 11 août 2022).

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