Vendredi 8 décembre 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1876-12-08 pages 1-4 (avec réécriture ultérieure).jpg original de la lettre 1876-12-08 pages 2-3.jpg


Paris le 8 Décembre 1876.

Mon Père chéri,

Il me semble que depuis quelque temps la poste doit se demander ce qui a bien pu nous arriver ; nos lettres deviennent fort rares et quant aux tiennes celles-là il n’en est plus question du tout ; heureusement que bonne-maman Duméril[1] et oncle Léon[2] écrivent quelquefois et que par eux nous apprenons que tu n’es pas malade sans cela je t’assure que nous serions fort inquiètes ; plus de huit jours sans lettres et encore la dernière était pour tante[3] ; et nous qui t’attendons d’un moment à l’autre, qui avons arrangé ta chambre et qui faisons tous nos projets en ajoutant toujours « papa sera là » et papa n’arrive pas et ne donne plus signe de vie !

La seule chose qui nous console c’est la pensée que tu dois être fort occupé ! peut-être commences-tu déjà le déménagement de l’appartement pour oncle Léon ? comment vas-tu arranger tout cela ? Si tu savais comme je grille de savoir tout ce qui se fait là-bas, j’y pense sans cesse ; oncle Léon a eu la bonté de m’écrire ce matin je le remercie mille fois, sa lettre m’a fait un plaisir immense et Emilie[4] depuis ce moment ne parle plus que de lui écrire pour avoir une réponse aussi ; je n’étais pas aussi intéressée.

Nous avons depuis quelques jours la photographie de Mlle Stackler[5] qui nous plaît énormément nous l’avons montrée Mercredi soir et tout le monde lui trouve l’air agréable et surtout très intelligent ; oh ! que je me réjouis donc de la connaître ! Il paraît que tu dois avoir tout le monde à dîner Mardi prochain c’est une grande affaire ; comme maman[6] aurait aimé à présider ce repas ! Après cela tu seras libre ne viendras-tu pas un peu rechercher un nouveau menu à Paris avant de recommencer à recevoir ?

Les choses vont-elles vite ou lentement ; penses-tu que le mariage se fera bientôt ? enfin si je voulais je pourrais remplir mes quatre pages de questions cela te prouve quel plaisir nous ferait une bonne lettre de toi, comme tu sais si bien en écrire.

Ici nous allons tous parfaitement bien ; la maison se range peu à peu mais il y a encore bien à faire, cette pauvre tante depuis plus d’un mois ne s’assied plus elle passe sa vie à nettoyer et à ranger soit ici soit dans la vieille maison où il y a encore beaucoup de choses et elle ne s’en distrait que pour nous conduire, toujours à pied, à nos cours et à nos leçons aussi je crois que tu ne lui trouveras pas bien bonne mine.

Bonne-maman D.[7] ne vas pas mal cependant elle vieillit bien et nous trouvons qu’elle change beaucoup.
Marthe[8] a passé la nuit ici et elle est toujours aussi rieuse et aussi gentille.
J’ai été hier au cours d’histoire qui est parfaitement bien fait par M.Pasquier j’en suis ravie ; par exemple mes rédactions me prennent beaucoup de temps mais elles m’amusent de sorte que je ne m’en plains pas.

Nous irons probablement Dimanche prochain à l’Odéon (cela t’étonne n’est-ce pas ; mais, calme-toi, c’est dans la journée) à une fête littéraire et musicale donnée au profit de la caisse des écoles dont tante fait partie, il y aura 2 ou 3 petites pièces jouées par des acteurs du français. Si tu veux venir M. le Maire sera enchanté de te donner (moyennant 10F) une excellente place ; ainsi ne te gêne pas mon petit père tu as encore le temps.

C’est effrayant comme le temps passe, je ne puis crois que dans 3 semaines nous serons au jour de l’an. Encore une année de finie ! Nous avons un temps incroyable ; depuis que nous sommes ici nous ne faisons plus de feu et sortons souvent avec les mêmes petits manteaux noirs que nous mettions à Biarritz.

Au revoir, à bientôt j’espère, mon papa chéri. J’aurais encore bien des choses à te dire.
Mon papier est trop petit. Je t’embrasse de toutes forces comme je t’aime
Ta fille
Marie

J’embrasse bien bien fort bon-papa et bonne-maman[9]. Je me propose chaque jour de leur écrire et je ne l’ai pas encore fait. Heureusement que Marthe vient de m’apporter une lettre de Mme Trézel[10] pour bonne-maman cela me forcera à l’envoyer.


Notes

  1. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  2. Léon Duméril.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  5. Marie Stackler.
  6. Caroline Duméril (†), épouse de Charles Mertzdorff.
  7. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  8. Marthe Pavet de Courteille.
  9. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  10. Probablement Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 8 décembre 1876. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_8_d%C3%A9cembre_1876&oldid=36098 (accédée le 15 août 2022).

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