Vendredi 6 décembre 1878 (A)

De Une correspondance familiale


Lettre d’Ernest de Mallevoue (Couplehaut, dans l’Orne) à Louis Villermé (Paris)


original de la lettre 1878-12-06 A pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-12-06 A pages 2-3.jpg


Couplehaut 6 décembre 1878.[1]

Mon bon ami[2],

Je vous aurais écrit depuis longtemps si ma femme[3] n’avait pas tenu à remercier elle-même madame Villermé[4] de vouloir bien se déplacer pour nous venir visiter si aimablement. nous en sommes, croyez-le bien très reconnaissants et très touchés. Je n’ai pas voulu vous écrire en même temps qu’elle pour vous donner un peu plus tard de nos nouvelles et pouvoir vous demander des vôtres.

Je vois que vous vous habituez de plus en plus tous les deux à la vie de paris et que la campagne ne vous tient plus que dans la belle saison, quelques mois à peine. ce sera pour nous une privation d’autant plus grande que ne pouvant aller vous chercher chez vous nous serons privés de vous voir en dehors des occasions rares qui vous sont données de nous venir trouver.
Si vous voulez bien croire, ainsi que madame Villermé, du chagrin que nous éprouvons de cette rareté de nous rencontrer, vous voudrez bien profiter j’espère des circonstances qui vous conduiront à Mortagne pour pousser jusqu’à Couplehaut et y venir recevoir une hospitalité désirée par nous.

Nous attendons nos enfants[5] dans quelques jours. Ils vont passer une partie de l’hiver avec nous. Georges[6] lui-même que nous voyons si peu nous arrivera au commencement de janvier pour un bon bout de temps. Le général bataille[7] passe une partie de l’hiver à Paris et il a bien voulu donner congé à mon fils pendant ce temps. il se contentera du service de son autre officier d’ordonnance[8] dont la mère madame de Lévis-mirepoix[9] habite paris l’hiver. Georges n’ayant presque rien à faire [  ] trouve à mon grand plaisir, à suivre des chasses à courre : il paraît donc s’habituer à sa nouvelle vie qui est toute autre que celle du régiment.

Le moment approche, mon cher ami, où le gambetta[10], le roi de notre choix, va être maître du Sénat comme à l’autre assemblée, il va donc mettre en pratique ses théories de gouvernement, jusqu’à ce qu’il soit débordé par de plus républicains que lui. puissent ces expériences ne pas nous coûter trop cher en troubles et en argent. Vous savez que je ne suis pas le philosophe tant mieux.

adieu, mon bien bon ami, madame madame Villermé paraît beaucoup plus contente de votre santé, je vous en fais mes compliments ; le bien des eaux ne se fait sentir que tardivement. portez-vous bien et croyez à ma sincère affection. beaucoup de compliments à votre chère moitié et bonne poignée de main à vous.
E. de Mallevoue


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Le destinataire est probablement Louis Villermé..
  3. Placidie Baril, épouse d’Ernest de Mallevoue.
  4. Antonie du Moulin de La Fontenelle, épouse de Louis Villermé.
  5. Berthe de Mallevoue et son époux Amédée de Terras.
  6. Georges de Mallevoue.
  7. Le général Henri Jules Bataille.
  8. Adrien Lévis-Mirepoix (1846-1928), auteur du Général Bataille (1816-1882), H. Herluison, Orléans, 1886.
  9. Anne Victurnienne Juliette de Berton des Balbes de Crillon (1822-1900), épouse de Sigismond de Lévis-Mirepoix (1821-1886).
  10. Léon Gambetta.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 6 décembre 1878 (A). Lettre d’Ernest de Mallevoue (Couplehaut, dans l’Orne) à Louis Villermé (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_6_d%C3%A9cembre_1878_(A)&oldid=36068 (accédée le 4 octobre 2022).

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