Vendredi 21 janvier 1916 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Camp de La Braconne) avec un ajout de son épouse Émilie Mertzdorff


original de la lettre 1916-01-21(B) pages 1-4.jpg original de la lettre 1916-01-21(B) pages 2-3.jpg


Paris
29, RUE DE SEVRES. VIE[1]Le 21/1/16

Mon cher Louis,

J’espère que tes sinistres inquiétudes quant à la lettre adressée à la 70e [B] se sont évanouies et que tu as cette lettre ? En tous cas, elle contenait un bleu de M. Baruzzi, duquel il résultait qu’il t’avait écrit de venir un Mardi et que se rappelant qu’il n’était pas libre il te convoquait pour le Mercredi à la même heure (Si j’ai bonne mémoire ou si j’ai compris tu étais convoqué vers 6h). Au moment où je t’envoyais ce bleu il arrivait une lettre pour toi de la même écriture, la lettre [visée] apparemment dans le bleu : je l’ai jointe dans le pli sans en prendre connaissance : te voilà documenté.

Que te disais-je en outre de nous que j’aie besoin de redire pour le cas où la lettre serait égarée. Hélas ! je n’en sais plus rien ; Mais ça ne serait peut-être plus vrai aujourd’hui. Jacques[2] retourné à Angers paraît devoir être dirigé demain sur le Dépôt des autos projecteurs au Mont Valérien. H. Degroote[3] est ici depuis lundi et jusqu’à lundi : il va bien (presque trop bien). Jean Froissart qui n’a pas obtenu de prolongation à Boulogne a, en revanche, obtenu une permission agricole de 15 jours à son dépôt à Bergerac – nous ne l’avons pas vu.

Ta tante Marie[4] est revenue du voyage que tu sais, non sans avoir causé du trouble dans la vie de J.[5], mais incertaine de la réponse définitive qui sera faite à sa proposition de démission provisoire : à l’accusation de manque de loyauté, J. répond qu’on ne lui [a fait, en lisant bien, prendre] aucun engagement de revenir.

Nous sommes heureux d’apprendre 1° que tu manges du bon lapin (ce que Jacques, dès qu’il a su parler, appelait « du bon [pain] ! »)

2° qu’on vous entoure de soins. Le fait qu’on a réuni toute la classe 17 des 15e, 27e, 41e et 101e à la Braconne, crée la présomption que l’on y a réuni, ainsi, tout ce qu’il faut pour que l’instruction s’y donne en bonnes Conditions ! Je suppose que le sous-officier dont tu nous parles ne fait que l’instruction à cheval si comme je crois me le rappeler, il a servi aux Cuirassiers ?

Le Colis qui t’a été adressé est une boîte de dragée de Jacques[6]. Gare si ta valise ferme insuffisamment ! Hier sont partis, en un petit paquet des cravates et un rasoir. Aujourd’hui partira un pâté de pigeons.

Je suis heureux de savoir qui est chargé de votre instruction. Je viens de le remercier le Commandant F.[7] de la sympathie qui t’a été témoignée à ton arrivée.

et J’ai prévu que la même sympathie pourrait t’être utile quand tu feras une composition de math. J’ai rappelé à quoi tu as employé (bien que ton livret n’en fasse pas mention), le temps que tu n’as pas employé à faire des maths.

Tâche de te faire donner, si tu en as l’occasion, une bonne note d’aptitude au commandement. Es-tu bon, très bon, passable à cheval ?

Pierre[8] est à Valréas (Vaucluse) pour 6 semaines au cours desquelles Michel[9] y passera (Peut-être dans une huitaine de jours).

Mille amitiés,

D. Froissart

Nous avons eu cette semaine la visite du Sergent Martin[10][11] qui est depuis un an en Alsace et a réussi à survivre !!

Je trouve une marge vide et j’en profite, mon cher petit, pour t’embrasser, n’ayant d’ailleurs rien à ajouter à tout ce que te dit ton père[12]. Tu trouveras 2 sortes de cravates une en toile et une en tissu tricoté. Dis-moi quel genre tu préfères, à prix égal et si tu en désires d’autres.   

Emy.


Notes

  1. Adresse imprimée.
  2. Jacques Froissart, frère de Louis.
  3. Henri Degroote.
  4. Marie Mertzdorff, veuve de Marcel de Fréville.
  5. Georges Jaeglé, co-gérant de l’usine de Vieux-Thann.
  6. Jacques, enfant non identifié, récemment baptisé.
  7. Albert Georges Fourcroy.
  8. Pierre Froissart, frère de Louis.
  9. Michel Froissart, frère de Louis.
  10. Edouard Martin.
  11. Marc Martin.
  12. Damas Froissart.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 21 janvier 1916 (B). Lettre de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (Camp de La Braconne) avec un ajout de son épouse Emilie Mertzdorff », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_21_janvier_1916_(B)&oldid=56682 (accédée le 14 août 2022).

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