Samedi 8 octobre 1870

De Une correspondance familiale

Lettre de Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers (Paris) à sa fille Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1870-10-08.jpg


Samedi 8 Octobre 70

Ma chère petite Nie,

Si tous les petits billets de ce genre te sont parvenus, tu ne dois pas être inquiète, car comme celui-ci, ils ne t'ont porté que de bonnes nouvelles de nous tous. Il est plutôt à croire, que comme nous ici le sommes de toi, tu es complètement privée de la consolation de savoir ce que nous devenons.

Jusqu'à présent rien de triste ni de fâcheux ; nous nous portons tous bien. Julien[1] est venu nous voir Mercredi, il va bien, a bonne mine, courage, entrain. Il était venu en mission au ministère et en a profité pour venir jusqu'ici. Si je pouvais parler, je te dirais un peu ce que contiennent les journaux, il est vrai qu'ils bavardent tant, qu'on ne sait à quoi ajouter foi. En somme, bonnes nouvelles, on est plein d'espoir. Notre canon gronde avec succès. Nous avons de quoi manger, la <prov.[2]> vient à notre secours.

Et vous, mes chers enfants, où êtes-vous ? que devenez-vous ?.. Que cette ignorance est lourde à porter quand il s'agit d'êtres chéris !... Peut-être que le mauvais temps qui commence va détruire notre seul moyen de communication en arrêtant la marche des ballons... Espérons que Dieu ne nous abandonnera pas, et quoi qu'en disent les Prussiens il est aussi avec nous.

Ton bon père[3] travaille beaucoup, il faut s'occuper c'est le seul moyen de prendre courage. Il t'embrasse de toutes ses forces.

L'ambulance est depuis 8 jours en pleine action et les 12 lits sont occupés. Les malades sont heureux du calme dont ils jouissent dans cette retraite où on les soigne bien. Agla[4] y met tout son cœur. Tu sais ce n'est pas peu. elle t'a écrit plusieurs fois Julien aussi.

Dis à notre cher Charles[5] combien nous pensons à lui, aux chères petites[6], à vous tous...

Mère amie

Alfred[7] et Alphonse[8] sont à la garde nationale pour 24 h. Ils vont bien.

Les clavery vont bien, j'ai vu ma cousine[9]. M. Lafisse[10] vient souvent dîner avec nous, il est seul à Paris et s'informe toujours de vous.

Mille bons souvenirs affectueux aux bons amis Duméril[11].


Notes

  1. Julien Desnoyers, mobilisé au fort d’Issy.
  2. La province ? la providence ?
  3. Jules Desnoyers.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Charles Mertzdorff, époux d’Eugénie Desnoyers.
  6. Marie et Emilie Mertzdorff.
  7. Alfred Desnoyers.
  8. Alphonse Milne-Edwards.
  9. Probablement Amica Le Roy de Lisa, veuve d’Amédée Clavery.
  10. Claude Louis Lafisse, époux de Constance Prévost.
  11. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Annexe

Ballon monté

Madame Mertzdorff

Vieux-Thann

Haut-Rhin

Pour citer cette page

« Samedi 8 octobre 1870. Lettre de Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers (Paris) à sa fille Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_8_octobre_1870&oldid=35675 (accédée le 11 août 2022).

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