Samedi 5 novembre 1881

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)



Mon Père chéri,

Merci mille fois de ta bonne lettre de ce matin et des nouvelles qu’elle nous donne, nous sommes bien anxieux en attendant le courrier[1], mais aujourd’hui vraiment il a été assez satisfaisant, il faut bien que la maladie suive son cours et vous aurez encore bien des jours pénibles à passer avant d’arriver au bout de cette cruelle épreuve, quelle fatigue morale et physique pour tous ! Si tu savais combien nous pensons à vous ! Tu es bon, mon cher Papa, de m’écrire comme tu le fais, bon-papa et bonne-maman[2] ont été bien heureux de tous les détails que tu donnes ils t’en remercient beaucoup ainsi que du petit mot d’oncle Léon[3] et en vous remerciant nous vous prions de vouloir bien continuer à nous tenir au courant de l’état de la chère petite malade.

Maintenant, cher Papa, que j’adresse d’autres mercis bien vifs pour l’agréable surprise que tu viens de me faire, tu me gâtes vraiment trop. J’aurais voulu que tu voies mon étonnement et ma joie lorsque hier soir pendant le dîner on est venu m’annoncer l’arrivée d’une immense caisse de poires ! J’ai passé une partie de ma matinée à déballer ces beaux fruits qui sont presque tous en parfait état, mon petit fruitier a été bien vite rempli et il a fallu faire de nouvelles tablettes avec des caisses vides ; tout est en ordre maintenant et je regarde en triomphe ces belles rangées de poires que je dois à mon papa chéri, nous allons les manger avec délices tout l’hiver. Merci, merci donc mon bon Père pour tant de gâterie je t’envoie en retour de ces 8000 Kilogrammes de poires 8000 Kilogrammes de reconnaissance, j’espère que la poste voudra bien s’en charger.

Nous allons tous bien ; Marcel[4] a énormément à faire aussi je le vois peu et il est assez fatigué. bon-papa et bonne-maman sont toujours ici, hier on a déballé le wagon aujourd’hui c’est la voiture qui arrive c’est donc le moment du grand coup de feu mais malheureusement on ne peut les aider. J’ai été voir hier leur appartement[5] qui est petit mais vraiment gentil. Ils ne sont pas trop fatigués pour la vie qu’ils mènent qui jointe aux tourments devrait les abattre tout à fait. Jeanne[6] souffre des dents aussi est-elle un peu plus grognon que d’habitude, ses nuits sont bien meilleures depuis qu’elle a retrouvé son berceau. On m’attend pour partir en promenade, nous allons voir bonne-maman Desnoyers[7] qui est arrivée Jeudi et qui ne connaît pas mon bébé. Il ne faut pas laisser passer le soleil aussi mon Père chéri, je t’embrasse à la hâte de tout mon cœur, comme tu sais que je t’aime et comme je voudrais pouvoir le faire.

ta fille,

Marie

Je t’assure que je suis sortie de mon calme de Villeneuve[8] et que depuis mon retour je m’agite joliment. Cela me fait du bien du reste, je suis tout à fait guérie de ma petite indisposition aussi je m'attends compte faire honneur aux poires.


Notes

  1. La petite Hélène Duméril est atteinte de la fièvre typhoïde.
  2. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril
  3. Léon Duméril.
  4. Marcel de Fréville.
  5. Les Duméril déménagent rue des Fossés Saint-Jacques.
  6. Sa fille Jeanne de Fréville.
  7. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  8. Villeneuve en Suisse.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Samedi 5 novembre 1881. Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_5_novembre_1881&oldid=35626 (accédée le 25 septembre 2022).

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