Samedi 24 septembre 1881 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Le Houssay dans l'Orne) à son père Charles Mertzdorff


Fs1881-09-24B pages1-4-Marie.jpg Fs1881-09-24B pages2-3-Marie.jpg


Le Houssay 24 Septembre 81.

Hélas, mon cher Papa, je ne m’attendais pas à la lettre que j’ai reçue de toi ce matin et je t’assure que c’est avec désolation que je vois qu’il faut renoncer à aller en ce moment nous installer au bon cher Vieux-Thann, je m’en réjouissais tant ! mais d’après tout ce que l’on te dit il ne faut pas songer à conduire Jeanne[1] sans nécessité dans un milieu de maladies ; si par hasard elle attrapait cette misérable coqueluche nous nous reprocherions amèrement de l’avoir amenée ; nous devons donc Marcel[2] et moi à cause de notre fille renoncer au projet qui m’enchantait tant. Quels petits tyrans que ces coquins d’enfants !

Mais puisque notre pauvre Vieux-Thann est impossible en ce moment est-ce à dire que nous renoncerons aussi à la bonne réunion projetée ? Quels sont vos projets pour le mois d’Octobre ? compte-t-on tout simplement retourner à Paris ou bien pensez-vous à aller ailleurs ? de quel côté tournez-vous vos regards ? Seras-tu véritablement forcé mon cher Papa de retourner un peu en Alsace ? Quel ennui de ne pas oser t’y accompagner ! si tu es forcé de faire ce voyage ne vaudrait-il pas mieux que tu y ailles de suite afin d’être libre quand nous serons au complet. J’attends avec impatience quelques détails sur ce que vous faites ; je ne savais pas qu’on allait aller à Launay. M. Edwards[3] et Jean[4] iront-ils avec vous ? Que de questions, mon pauvre Père, mais c’est que ta lettre et celle d’Émilie[5] m’ont si fort surprise et désappointée que j’en suis encore tout ahurie ; que c’est difficile de voir réussir tous ses projets mais au moins je ne désespère pas de nous trouver tous ensemble dans quelque bon petit coin et je m’en réjouis énormément.

J’ai été retardée par des visites, de sorte que je t’écris au galop et j’ai peur même de manquer la bonne occasion qui se présente de porter ma lettre à la poste. Nous allons tous à merveille, Jeanne a bien mangé sa soupe si cela vous intéresse.

Adieu, mon bon cher Papa, je t’embrasse de tout mon cœur, j’envoie mes plus tendres amitiés à tante, oncle[6] et Émilie.

Marie

A cause de la saison avancée ne vaudrait-il pas mieux diriger nos pas vers le midi ?

Marcel vous envoie ses meilleures amitiés.


Notes

  1. Jeanne de Fréville.
  2. Marcel de Fréville.
  3. Henri Milne-Edwards.
  4. Jean Dumas.
  5. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  6. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Samedi 24 septembre 1881 (B). Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Le Houssay dans l'Orne) à son père Charles Mertzdorff », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_24_septembre_1881_(B)&oldid=41346 (accédée le 14 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.