Samedi 10 juin 1899

De Une correspondance familiale


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Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


Douai, le 10 Juin

Ma chère Marie,

Je crois bien, comme toi, que Marie-Thérèse[1] doit écouler une petite provision de fatigue accumulée au moment de la première communion. C’est inévitable. Tu as grandement raison de la laisser se reposer à fond, ce régime de repos a très bien réussi à Lucie[2] qui peut maintenant suivre son cours sans fatigue. Les lotions d’eau froide qu’elle prend régulièrement lui font beaucoup de bien ; si Mimi tarde à reprendre ses forces, je t’engage beaucoup à en essayer pour elle.

J’ai une envie énorme d’aller causer avec vous de tout ce que tu me dis[3] ; c’est difficile de parler de cela par lettres. Nous désirons bien vivement, comme vous, qu’on puisse faire d’une pierre deux coups, ce serait une grande sécurité pour l’avenir et cela me semble désirable pour tout le monde, mais nous pensons, Damas et moi, qu’il sera en tous cas prudent de poser en principe qu' l’existence d’un 3e gérant[4]. Nous ne renonçons pas du tout à trouver là un débouché pour un de nos fils et nous ferons très sagement de nous réserver l’avenir. Les trois gérants ont existé dès le début, l’affaire prenant de l’extension, il n’y a aucune raison pour ne pas penser à rétablir le troisième, qui sait d’ailleurs si on ne sera pas amené un jour ou l’autre à entreprendre quelque chose à Morschwiller.

Une chose qui serait encore bien utile à dire dans cette période de préparation où tante M.[5] désire la chose sans la tenir encore pour certaine, c’est que sa cohabitation avec M. à Vieux-Thann serait impossible, qu’elle devrait se contenter de courts séjours. Si ce n’est pas bien entendu dès le début, tout sera brouillé en moins d’un an et nous nous trouverons dans le pétrin le plus complet. Cette impossibilité à la vie commune serait d’ailleurs un bonheur ! puisse-t-on arriver à le faire comprendre aux intéressées… je crains que ce ne soit difficile et c’est pourquoi il me semble nécessaire de le faire entrevoir dès à présent.

J’aimerais bien causer de tout cela avec vous et je saisirai la première occasion pour aller vous voir. Ces jours-ci j’étais un peu fatiguée, mais le motif ne sera pas de longue durée. Françoise est revenue et tous les enfants[6] vont à merveille.

Michel va faire demain sa première confession ; c’est un événement très important. Lucie doit [figurer] Dimanche à la procession dans un groupe avec toutes ses amies, elle est ravie.

Adieu ma bonne chérie, je t’embrasse de tout mon cœur et te charge de toutes mes amitiés pour ton mari[7].

Émilie

Damas pense qu’il serait assez désirable que le jeune homme à la recherche duquel nous nous [  ] soit plutôt plus âgé que le jeune Jean[8] afin qu’il puisse prendre de l’autorité sur lui et que la direction dominante ne vienne pas du côté J.


Notes

  1. Marie Thérèse de Fréville.
  2. Lucie Froissart.
  3. Les projets de mariage d'Hélène Duméril avec Guy de Place.
  4. Il est question de l'usine de blanchiment des étoffes de Vieux-Thann.
  5. Marie Stackler, veuve de Léon Duméril et mère d'Hélène Duméril.
  6. Jacques, Lucie, Madeleine, Michel, Pierre et Louis Froissart.
  7. Marcel de Fréville.
  8. Jean Froissart, né en1884 ?

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer cette page

« Samedi 10 juin 1899. Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Douai), à sa sœur Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_10_juin_1899&oldid=54066 (accédée le 14 août 2022).

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