Mi-juillet 1887

De Une correspondance familiale

Lettre de Cécile Bertrand-Geslin, épouse de René Magnier de Maisonneuve (Nantes), à son amie Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


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CG[1]

O Marie, Ma chère Marie, que je vous plains ! La vue de l’écriture de M. de F[2] m’a donné un coup… j’ai deviné avant de savoir… Depuis 3 jours je ne vous quitte pas, chère et malheureuse amie ; ce matin encore, à l’église, je priais ardemment pour vous tous ; je continuerai, soyez-en sûre ; il vous faut une si grande dose de courage !

Heureusement que Dieu vous a trempée fortement et que vous êtes chrétienne dans toute l’acception du mot ! Je serais plus portée à prier votre chère absente qu’à prier pour elle ; ce devait être une si belle âme ! mais je ferai l’un et l’autre. Jamais je n’oublierai, ma chère Marie, la bonne et charmant figure de Mme votre Tante ; je remercie Dieu de me l’avoir fait connaître et de m’avoir mise à même d’apprécier par moi-même son charme si bienveillant et si attachant. Je comprends, mieux encore que j’aurais pu le faire l’année dernière, que cette mort est un écroulement pour vous ; Mme votre Tante personnifiait votre vie d’avant votre mariage ; c’est une partie de votre existence qui s’en va avec elle… Pauvre Marie ! Que vous devez souffrir ! Je plains aussi de tout mon cœur M. votre Oncle[3], votre pauvre Sœur[4] et M. de F, qui aimait tant Mme votre Tante ! Dites bien à votre cher Mari combien nous lui sommes reconnaissants d’avoir trouvé quelques minutes pour nous aussi rapidement ; René6[5] le lui dira demain ; veuillez, en attendant, recevoir l’expression de sa plus vive et respectueuse sympathie.

Je ne veux plus de lettre de vous, chère, chère Marie ; quand vous serez un peu remise vous aurez une masse de réponses à faire ; une amie comme moi doit être, dans ce cas-là, absolument oubliée ; c’est moi qui vous écrirai, ma pauvre amie que j’aime tant !

Adieu ; comme j’exprime mal ce que j’ai dans le cœur pour vous ! Mais, ce qui est si profond ne peut guère s’écrire ! Je vous embrasse plus tendrement que jamais.

Votre bien triste amie,

Cécile


Notes

  1. Lettre sur papier deuil avec monogramme, non datée, à situer après la mort d'Aglaé Desnoyers-Milne-Edwards le 10 juillet.
  2. Marcel de Fréville.
  3. Alphonse Milne-Edwards.
  4. Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart.
  5. René Magnier de Maisonneuve qui rencontre Marcel de Fréville à la Cour des comptes.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mi-juillet 1887. Lettre de Cécile Bertrand-Geslin, épouse de René Magnier de Maisonneuve (Nantes), à son amie Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mi-juillet_1887&oldid=53375 (accédée le 14 août 2022).

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