Mercredi 20 septembre 1882

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Le Houssay  dans l'Orne)


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Vieux-Thann le 20 7bre 82[1]

Ma chère Enfant

Par ma bonne petite Émilie[2] tu reçois souvent de mes nouvelles & tu sais que je vais un peu mieux, mais il y a si longtemps que je ne me suis adressé à toi, que tu as reçu de mon écriture qu’il faut bien vaincre ma trop grande paresse en t’adressant moi-même mon bulletin de santé.

Tu sauras d’abord que je suis très heureux & content de ma petite garde-malade qui a tant de sollicitude pour son père qu’elle le force à se soigner presque malgré lui. Lorsque je suis un peu trop paresseux pour sortir, que le temps n’est pas très favorable, elle trouve mille raisons pour me faire sortir, m’accompagnant toujours quoique je ne sois pas toujours un compagnon bien gai ; puis à l’heure de mon lait elle ne me le laisse pas oublier & me cherche partout, pensant toujours pour son papa qui se laisse distraire par autre chose que son estomac.

Ce dernier va peut-être un peu mieux, dans tous les cas, au dire de tout mon entourage j’ai bien meilleure mine que lorsque je suis rentré de Launay, où je n’avais déjà pas si mauvaise mine ?

Décidément le lait me convient ; avec [des] œufs, je me fatigue moins à mes promenades & loin de diminuer mes forces augmentent. Seulement ce mieux a mis bien du temps à arriver & le tout-à-fait bien se fera encore attendre longtemps. Si tous ces petits soins de toute la journée sont ennuyeux il faut bien s’y soumettre & me laisser faire une cuisine hygiénique à part pour moi, c’est un surcroît de travail que je vois que l’on fait avec plaisir.

Tu sais déjà que tu n’as pas à trop t’inquiéter de la santé de ton père, qui est heureux de confirmer ce qu’Émilie t’a déjà dit.

Demain Jeudi matin nous attendons Edg Zaepffel[3] qui vient passer un ou 2 jours avec nous. lui aussi a beaucoup de ménagements à prendre, & nous allons les deux à l’unisson & notre cuisine est à peu près la même. Il avait chez lui à Colmar sa sœur[4] très souffrante, & qui lui a donné de grandes inquiétudes, la voilà à peu près remise & elle a quitté la maison d’Edgard pour rentrer dans son propre appartement. son neveu Edgard[5] est en vacances auprès de lui ce qui l’empêche de prolonger son séjour chez nous. Nous espérons pouvoir lui rendre sa visite la semaine prochaine.

Nous sommes bien heureux d’avoir nos parents Duméril[6] auprès de nous, ils vont tout à fait bien, bon-papa continue matin & soir ses grandes promenades dans les environs ; aussi y a t-il plaisir de le voir à table.

Comme tu sais Léon[7] est seul chez lui mais régulièrement il va passer 2 jours par semaine à Albis[8] d’où il nous porte toujours de bonnes nouvelles. malgré le mauvais temps ces dames[9] continuent leurs traitement d’Eau froide.

Le fait est que le temps est détestable pluie tous les jours, il fait froid à faire du feu dans nos poêles. Nos pauvres raisins sont bien compromis & si l’on fait du vin, ce qui n’est pas encore certain il sera détestable.

De même la récolte de la pomme de terre est bien compromise, aussi ne pouvons-nous pas compter sur une bonne année dans tout le rayon. & cependant tout se présentait si bien ce printemps.

Émilie vous a dit que je n’ai absolument rien dans mon laboratoire qui puisse vous servir à la photographie. il faudra bien que Marcel[10] prenne tout avec lui, ce qui le forcera très probablement à bien des courses. J’espère qu’il trouvera tout cela dans le même magasin & que cela se fera plus facilement que je ne le pense.

Tu voudras bien être mon interprète auprès de M. & Mme Villermé[11] & leur présenter mes respectueux hommages. bien embrasser ma petite Jeanne[12] pour son grand-papa qui se réjouit bien de la voir bientôt chez lui. Amitiés les plus affectueuses à Marcel & pour toi ma chérie mes plus tendres baisers. ton père

ChsMff


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie, auprès de leur père.
  3. Edgar Zaepffel, qui vient de perdre son épouse Émilie Mertzdorff.
  4. Louise Zaepffel, veuve de Camille Charles Auguste de Rheinwald.
  5. Edgar Zaepffel le jeune.
  6. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  7. Léon Duméril.
  8. Albisbrunn, station thermale près de Zurich.
  9. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et sa mère Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  10. Marcel de Fréville.
  11. Louis Villermé  et son épouse Antonie du Moulin de La Fontenelle.
  12. Jeanne de Fréville.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mercredi 20 septembre 1882. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Le Houssay dans l'Orne) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_20_septembre_1882&oldid=41289 (accédée le 14 août 2022).

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