Mercredi 1er mai 1872

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier (Paris) à Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1872-05-01 pages 2-3.jpg


1er Mai 72

Le voilà, bien chère Madame et amie, le voilà qui commence ce joli mois de Mai ! joli ! réputé tel pas généralement, et que je puis qualifier de joli comme d'autres le font, puisqu'il ne viendra pas rompre pour 6 longs mois nos douces relations. Aujourd'hui, 1er, notre avant-dernière réunion, le 8 notre réunion dernière pour le cours d'hiver, et le Vendredi 10 la distribution des récompenses. Que ne puis-je espérer de vous y voir, vous et vos bien chères enfants[1], auxquelles cette réunion serait utile certainement : mais l'Alsace est si loin ! l'Alsace ! je ne veux pas dire la Prusse, le mot est trop dur ! et quand cette malheureuse Alsace sera-t-elle de nouveau France ? Vivons dans l'espoir de ce jour il sera vraiment beau !!!

Mais avant d'avoir atteint cette sommité du bonheur patriotique, il est un premier degré à franchir : la délivrance des 6 départements occupés ! pour obtenir ce premier résultat, ce tant désiré résultat, tout ce qui sent vibrer en soi la fibre française doit agir, doit s'associer à la belle et noble entreprise de la souscription des femmes de France ; nos mères ont racheté Du Guesclin[2] et nous ferions moins qu'elles en faveur de notre malheureuse et noble patrie ? Non, nous ne pouvons avoir ainsi dégénéré ; aussi, au jour de la Distribution des Prix nous ferons, en faveur de la délivrance du sol une quête, dans laquelle nous solliciterons la générosité et de patriotisme de pères et de mères aussi bien que d'élèves : ces dernières m'ont fait sur le sujet du rachat et de la régénération de la France des compositions de style extrêmement remarquables (je regrette de ne pouvoir vous les faire admirer) ; j'espère qu'elles mettront dans l'application et la propagation de leurs idées la chaleur qu'elles ont mise dans leur énonciation,

et que grâce à elle et à leur intercession le cours prouvera par des effets les sentiments qui animent tous ceux qui en font partie : pour moi, je serai plus heureuse encore que fière du bon résultat de cette quête.

Je vous offre mes bien affectueux compliments, ma chère fille[3] se joint à moi ; et nous nous rappelons à l'honorable souvenir de Monsieur Mertzdorff[4]. Baisers aux bien chères enfants.

V. Charrier-Boblet


Notes

  1. Marie et Emilie Mertzdorff.
  2. La liberté de Bertrand du Guesclin (1320-1380), fait prisonnier par les anglais à la bataille d’Auray, est rachetée 100 000 livres par Charles V.
  3. Mademoiselle des Essarts Boblet.
  4. Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 1er mai 1872. Lettre de Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier (Paris) à Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_1er_mai_1872&oldid=35002 (accédée le 11 août 2022).

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