Mercredi 19 mai 1880

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville) (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1880-05-19 pages 1-4.jpg original de la lettre 1880-05-19 pages 2-3.jpg


Merci, mon Père chéri, pour ta bonne lettre qui est venue ce matin nous trouver à notre réveil dans notre gentille demeure[1], mais nous avons été bien affligés par la mauvaise nouvelle que tu nous annonces ; pauvre tante Marie[2] ! je la plains de tout mon cœur et depuis ce matin ma pensée se dirige sans cesse vers elle, elle me semblait si bien portante il y a 8 jours. Quel chagrin ce doit être pour toute la famille ! pourvu qu’elle se remette bien.

On comprend peut-être mieux encore la peine des autres quand on a le bonheur parfait, or mon Père chéri je crois qu’il serait impossible de rêver une personne plus heureuse que moi ; m’installer avec mon cher mari[3] dans cette petite maison idéalement jolie et bien arrangée c’est une grande joie pour moi et je voudrais mon cher Papa que tu sois auprès de moi pour contempler ma petite maison dans laquelle je suis si si contente et que j’ai grâce à toi. Nous couchons ici depuis Dimanche soir quoique notre bonne[4] ne soit arrivée qu’hier ; on a trouvé cela un peu jeune et fou mais nous nous réjouissions tant de prendre possession de notre chez nous que nous n’avons pas résisté à inaugurer notre délicieuse chambre ; depuis je m’occupe à ranger, je place et je déplace de sorte que je n’avance pas vite mais tout cela m’amuse.
Nous prenons toujours nos repas chez notre mère[5], ce soir nous dînons au Jardin et c’est pourquoi mon pauvre Père je t’écris au galop car il ne faut pas que j’arrive en retard ; j’irai toute seule de mon côté (je suis sûre que cela t’amuserait bien de me voir d’un pas rapide arpenter le quartier et faire mes courses, cela ne m’intimide plus du tout et j’ai déjà l’aplomb d’une vieille femme).

Adieu, Père chéri, pardon d’écrire si vite, l’heure me presse ce petit mot ne compte pas mais il te dira que je suis bien bien heureuse, que je t’aime beaucoup, et que je voudrais que tu sois là pour te rendre compte de mon bonheur. Si tu savais comme notre home est gentil.
Je t’embrasse de tout mon cœur ; Marcel est à la Cour[6]. Il a été bien sensible à ton bon souvenir de ce matin et m’a chargée en lisant ta lettre de 1 000 amitiés pour toi.

Marie


Notes

  1. Le pavillon de la rue Cassette.
  2. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril, vient de faire une fausse-couche.
  3. Marcel de Fréville.
  4. Armandine.
  5. Sophie Villermé, veuve d’Ernest de Fréville et mère de Marcel.
  6. La Cour des comptes.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 19 mai 1880. Lettre de Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville) (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_19_mai_1880&oldid=34993 (accédée le 20 août 2022).

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