Mercredi 10 novembre 1897

De Une correspondance familiale



Lettre de Cécile Milne-Edwards, veuve d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris)


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Launay. 10 Novembre 97[1]

L’arrivée du pauvre Jean[2] n’a pas été brillante hier, ma chère enfant & nous étions bien démoralisées de lui voir une figure aussi défaite. Il était très fatigué de ce long voyage & la fièvre ne l’a pas quitté de la journée, sans compter une autre maladie encore plus désagréable & qui rime avec mélancolique. Il s’est couché presque de suite se trouvant trop mal à l’aise étendu sur un fauteuil & tu peux penser que femme[3], mères[4], enfants[5] avaient la mine triste & longue. Il n’a pas mal dormi cette nuit & ce matin il se trouve beaucoup mieux. Tu auras su, par ton oncle[6], l’origine de toutes ces misères & le malencontreux bain, cause de ces mauvais jours. Peut-être en aurait-il peu souffert, s’il avait pu être soigné de suite, mais il ne l’a été ni de suite ni plus tard & en outre, son campement, tout juste admissible pour un très bien portant, a dû grandement contribuer à développer le mal. Il en a fort pâti le pauvre enfant & le médecin[7], venu ce matin, croit qu’il lui faudra un certain temps pour reprendre son équilibre. Il paraît que jusqu’au Vendredi 29, jour de son accident, il avait très bonne mine & même il comptait sur cette apparence florissante pour nous donner une excellente opinion du climat de Tunis. Quel malheur qu’il ne soit pas revenu un peu plus tôt. Je suis persuadée que, pendant son séjour en Tunisie, Jean n’a jamais eu les entrailles en bon état, puisque, en France même, il avait gardé une mauvaise disposition depuis sa dysenterie d’Algérie & cela s’ajoute encore – à son point de vue & à celui des siens – à toutes les préoccupations d’avenir que nous pouvons avoir. Enfin, on a raison de dire qu’à chaque jour suffit son mal, il en est si peu qui n’en apportent pas. Je m’arrête pour ne pas être accusée de pessimisme & je t’embrasse bien affectueusement, t’envoyant les amitiés & tendresses de chacun. Marthe écrit à Émilie[8] & je lui ai dit que je me chargeais de te donner des nouvelles. Ce sera son tour la prochaine fois. Bon souvenir à ton mari[9],

CMED

Nous espérons voir ton oncle demain soir.


Notes

  1. Lettre sur papier-deuil.
  2. Jean Dumas.
  3. Marthe Pavet de Courteille, épouse de Jean Dumas.
  4. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille, mère de Marthe et sa sœur Cécile Milne-Edwards-Dumas, mère de Jean.
  5. Cécile, Louise Marie, Daniel, Georges et Jeanne Dumas.
  6. Alphonse Milne-Edwards.
  7. Médecin non identifié.
  8. Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart et sœur de Marie.
  9. Marcel de Fréville.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mercredi 10 novembre 1897. Lettre de Cécile Milne-Edwards, veuve d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_10_novembre_1897&oldid=53377 (accédée le 15 août 2022).

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