Mardi 6 septembre 1842

De Une correspondance familiale


Lettre d’Auguste Duméril l’aîné (Lille) à son neveu Auguste (Paris)


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De M. Auguste Duméril, Père

Voir Page 198 le 1er Septembre 1842

Lille le 6 Septembre 1842

Mon cher ami,

Je n’ai pas besoin de te dire que ta lettre m’a fait un grand plaisir. L’affection que je te porte est invariable : tu la dois à tes qualités personnelles ; à celles de ton frère[1], qui rend sa femme si heureuse ; à des sentiments héréditaires, et à l’amitié que j’ai vouée à ton père[2], dès mon enfance.

Ici, le calme est rétabli, et se maintiendra, j’espère. Eugénie prend patience : chaque jour après le dîner, quand le temps le permet, nous nous promenons dans la campagne : ces distractions sont nécessaires.

Nous attendons demain M. et Mme Lamarle, qui se proposent de passer trois grands jours à la maison. Adine[3], sa gentille petite fille et sa bonne leur succèderont pour une quinzaine, j’espère. Ce sera encore là, si nous savons en profiter, des distractions fort agréables : les éléments de bonheur ne nous manquent pas. J’avais appris avec plaisir la promenade agréable que vous avez faite en famille, à Arras, et votre bon retour à Paris. Malgré les exaltations, votre départ avait laissé et laisse encore ici un vide immense, tu n’en doutes pas. Peut-on voir, en effet, des enfants plus intéressants, sous tous les rapports, que Caroline et Léon[4] ? Leur père et mère sont très heureux, et je jouis bien pleinement de leur situation. Comme toi, mon cher ami, je désire voir ta situation s’améliorer promptement. Les sentiments que je te porte son invariables. Je te considèrerai toujours comme le troisième de mes fils ; mais le temps passe vite, je vieillis beaucoup, et il me tarde d’assurer l’avenir d’Eugénie, de jouir de son bien-être comme je jouis de ceux de son frère et de sa sœur. Quant à ma résidence à Paris, il ne faut plus y penser : celle de la campagne me conviendrait mieux cependant. Je marche avec quelque difficulté, ce qui n’est pas d’un bon augure, pour la réalisation du projet de m’y retirer.

Je connaissais la situation de M. Tarbé, dont la santé, dès l’époque du mariage d’Auguste[5] a toujours été en déclinant. J’éprouve une véritable peine de la perte douloureuse que sa famille est menacée de faire : je ne pense pas qu’Adine soit informée de la situation véritable de son grand-père, et je me garderai bien de la lui faire connaître, pendant le séjour qu’elle va faire près de nous.

Mon fils[6], par sa dernière lettre, m’a en effet, annoncé qu’il allait être chargé de travaux assez importants, et de différentes natures : l’un, relatif à la canalisation de la haute Scarpe[7], et l’autre, de la partie du chemin de fer de Paris à la mer, qui se trouve comprise entre Arras et Béthune. Je ne pense pas, en raison de la triste situation des finances, qu’il soit possible d’entreprendre cette année l’exécution de ces projets, mais je suis persuadé qu’ils donneront lieu à des études dont le résultat pourra être fort utile à l’avancement de l’ingénieur qui en aura été chargé, et, sous ce rapport, je suis flatté que ton cousin ait été mis en évidence.

Adieu, mon cher ami, je t’embrasse de cœur et pour moi, et pour ta cousine, dont tu connais les sentiments d’affection. Je t’adresse des compliments de la part de ta tante[8], et je te prie d’être auprès de mon frère et de ta mère[9], l’interprète des sentiments d’affection de

Ton oncle

Duméril.

Je viens de recevoir une lettre de mon fils[10] datée de Paris : J’étais loin de m’attendre aux nouvelles qu’il me donne, et que vous connaissez comme moi. J’espère, mon cher Auguste, que ton indisposition n’aura pas de suite, et que tu es parfaitement rétabli dans ce moment : il faut te ménager, mon ami, ne pas tant travailler : la santé passe avant tout, et la tienne intéresse tant de monde !

Je te renouvelle, pour toi et ton entourage l’expression de mon dévouement et de mon amitié.

Tout à toi

Duméril.


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril, marié à Félicité.
  2. André Marie Constant Duméril, frère d’Auguste l’aîné.
  3. Alexandrine Brémontier, dite Adine, épouse de Charles Auguste Duméril. Leur petite fille, Clotilde, est âgée de quelques mois.
  4. Caroline et Léon sont les enfants de Louis Daniel Constant et de Félicité Duméril.
  5. Charles Auguste Duméril s’est marié en 1841 ; Jean Bernard Tarbé de Vauxclairs est le grand-père d’Adine Brémontier.
  6. Charles Auguste Duméril.
  7. Rivière d’une centaine de kilomètres qui passe à Arras et se jette dans l’Escaut.
  8. Alexandrine Cumont.
  9. Alphonsine Delaroche.
  10. Le gendre qu’il appelle fils est Louis Daniel Constant Duméril, époux de Félicité.

Notice bibliographique

D’après le livre de copies : lettres de Monsieur Auguste Duméril, 1er volume, « Lettres relatives à notre mariage », p. 194-198

Pour citer cette page

« Mardi 6 septembre 1842. Lettre d’Auguste Duméril l’aîné (Lille) à son neveu Auguste (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_6_septembre_1842&oldid=41029 (accédée le 13 août 2022).

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