Mardi 3 février 1880

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril (épouse de Louis Daniel Constant Duméril) (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Paris)

original de la lettre 1880-02-03 page 1.jpg original de la lettre 1880-02-03 page 2.jpg


Vieux-Thann 3 février 1880.

Tu te représentes, ma bonne Aglaé, les mille questions que j’ai adressées hier à notre cher Charles[1] touchant le grand évènement du mariage de notre chère petite Marie[2], je revenais à la charge sur ce qu’il m’avait déjà dit tant j’étais avide de détails. Évidemment il y a dans ce mariage un concours de bonnes choses qu’il est bien rare de trouver réunies nous en remercions Dieu du fond du cœur, c’est un bien beau rayon de soleil dans notre vie qui a passé par tant d’épreuves. Nous avons fait part à nos proches parents et à nos amis intimes de ce grand évènement, on nous a envoyé des réponses bien touchantes et parmi ces réponses permets-moi de te copier en partie celle de Mlle Clémentine Dumaine qui est à présent notre plus vieille amie car elle a 79 ans, mais chez elle les années n’ont diminué en rien la vivacité du sentiment de l’amitié comme tu vas le voir. Si un jour tu étais à Passy voici son adresse : rue de Passy 50

« Chère Madame amie,

Avec quel intérêt j’ai appris ce mariage que vous avez bien voulu m’annoncer promptement et qui vous satisfait autant. En effet tout ce que vous me rapportez des renseignements obtenus sur la position, le caractère, les habitudes et la famille de M. de Fréville, fiancé à votre chère petite-fille Mlle Marie Mertzdorff, doit assurer du bonheur à votre enfant qui elle-même le pressent et s’en exprime en mots touchants. Les larmes d’une douce émotion me sont venues aux yeux quand j’ai lu et lorsque je relis encore ce passage de votre lettre où Mlle Mertzdorff invoque le témoignage de ses mères[3] qui sont au Ciel. Cette troisième providence qui l’a adoptée ici-bas[4] et qui l’a ici parfaitement élevée, doit trouver sa récompense par le succès qui couronne cette bonne éducation qu’elle a donnée à votre petite-fille. Recevez chère madame pour vous et M. Duméril[5] mes compliments les plus sincères, une telle joie vous était bien due à vous deux, cœurs si aimants aussi et qui, je vous crois sans peine, aurez prié avec tant de ferveur pour que votre petite-fille en arrivât là. J’imagine que son père également est fort heureux, je voudrais aller deviser de ce mariage avec nos amis de Milhau[6] et Dunoyer[7], mais je sors à peine cet hiver, me trouvant sans force pour avancer quand je suis dans la rue, ou plutôt c’est la respiration qui me manque. Au logis je ne suis pas trop mal excepté hier et avant-hier où pour cause de grippe j’ai été obligée de garder le lit. Enfin il y a plus de deux mois que je n’ai pu aller à Paris quoique j’y aie une cousine dont l’intimité seule suffirait à m’y attirer, mais j’entendrai parler de l’évènement qui vous intéresse et occupe par mes neveu et nièce Albanel[8] qui sont en communication de visite avec M. et Mme Milne-Edwards[9]. J’espère aussi apprendre que la cérémonie du mariage vous amènera à Paris et j’espérerai alors que vous ne manquerez pas de me donner rendez-vous à votre hôtel. »

Écrivant à cette bonne amie j’ai cru pouvoir lui transmettre une ligne de la lettre de ma petite Marie qui la fait si bien connaître. Je dirai ma bonne Aglaé ce que dit Mlle Dumaine au sujet de ce qui te concerne et je le dis aussi songeant à M. Alphonse, recevez tous deux l’expression de notre [tendre] attachement et j’ajouterai de notre reconnaissance, sentiment que nous éprouvons également à l’égard de Monsieur Milne-Edwards[10] et de tes excellents parents[11]. Embrasse bien [fort] pour nous nos chères petites-filles[12].
Félicité Duméril

Marie et Hélène Berger sont parties ce matin pour Paris, elles sont désireuses de voir notre petite Marie. Ce sont deux jeunes filles sur l’amitié desquelles on peut compter.
Notre chère belle-fille[13] va bien, elle me charge pour toi de ses meilleures amitiés.


Notes

  1. Charles Mertzdorff, père de Marie, de retour de Paris.
  2. Marie Mertzdorff s’est fiancée avec Marcel de Fréville.
  3. Caroline Duméril (†), première épouse de Charles Mertzdorff et Eugénie Desnoyers (†), seconde épouse.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Louis Daniel Constant Duméril.
  6. La famille d'Antoinette de Tarlé, veuve de Béranger de Milhau.
  7. La famille d'Anatole Dunoyer.
  8. Probablement David Jérôme Natalis Albanel et son épouse Marie Henriette Paviot de Sourbier.
  9. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  10. Henri Milne-Edwards.
  11. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  12. Marie et Emilie Mertzdorff.
  13. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 3 février 1880. Lettre de Félicité Duméril (épouse de Louis Daniel Constant Duméril) (Vieux-Thann) à Aglaé Desnoyers (épouse d’Alphonse Milne-Edwards) (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_3_f%C3%A9vrier_1880&oldid=40961 (accédée le 14 août 2022).

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