Mardi 20 juillet 1813

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à ses parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens)

Original de la lettre 1813-07-20-page1.jpg Original de la lettre 1813-07-20-page2.jpg


N° 218

Mes chers parents, je n'ai pas à vous donner de meilleures nouvelles[1]. cependant nous avons un peu plus d'espoir. il y a eu hier un moment où nous avons cru tout perdu. je l'ai retiré d'un état d'asphyxie en excitant la gorge avec un petit pinceau de charpie enduit de miel et de borax. l'enfant a été toute la soirée depuis trois heures jusqu'à cinq ce matin tout à fait bien, comparativement au moins car il tombait aussitôt qu'on ne s’occupait pas de l'empêcher de dormir dans un état de somnolence et de faiblesse alarmante. je l'ai encore tiré de là par de nouvelles irritations. j'ai coupé la gencive qui correspond à l'une des incisives supérieures. j'avais déjà fait cette opération il y a quatre ou cinq jours sur les deux points de cette mâchoire et je me suis aperçu ce matin que la 1ère incisive droite était apparente. l'état de faiblesse et de somnolence continue. comme il a été plus fort hier et aujourd'hui à dater de cinq heures jusqu'à trois, pour combattre cette intermittence nous donnons l’extrait de quinquina et le lavement de décoction de cette écorce. j'ai aussi administré un peu de vin de malaga étendu d'eau sucrée de la crème de riz. heureusement l'enfant avale facilement quand on le tire de sa somnolence, mais il s'y replonge de suite. nous avons été occupés toute cette nuit à le distraire et presque à le tourmenter. il est une heure après midi. en général il est mieux qu'hier à pareille heure mais moins bien qu'hier soir à quatre heures jusqu'à minuit.

vous avez sûrement auprès de vous Auguste et sa famille[2]. qu'elle trouve ici nos amitiés, nous ne doutons pas de la part que vous prenez tous à nos peines.

Votre fils

C. Duméril

mardi 20 à 1h.

Ma femme[3] est un modèle de courage et de résignation. sa force m'en donne, car on ne peut être plus attaché que je le suis à ce petit être si doux même dans sa souffrance et les contraintes que nous lui faisons actuellement éprouver.


Notes

  1. Le petit Auguste Duméril est malade (voir lettre du 19 juillet).
  2. Auguste (l’aîné), frère d’André Marie Constant Duméril, est marié à Alexandrine Cumont ; ils ont deux jeunes enfants.
  3. Alphonsine Delaroche.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p. 101-102)

Annexe

A Monsieur

Monsieur Duméril

Petite rue Saint Rémy n°4

A Amiens

Pour citer cette page

« Mardi 20 juillet 1813. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à ses parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_20_juillet_1813&oldid=40818 (accédée le 11 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.