Mardi 20 août 1799, 3 fructidor an VII

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens)

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n° 117

Paris le 3 Fructidor an VII

Mon bon ami, j’ai eu bien de l’inquiétude depuis la dernière lettre que je t’ai écrite. J’ai été poursuivi comme réquisitionnaire[1]. Le commissaire du Directoire près de ma municipalité ne m’avait donné d’autres conseils, que celui de me rendre volontairement en prison où après avoir été écroué on m’accorderait sous caution une quinzaine de jours pour faire mes réclamations.

Je n’ai pas tout à fait suivi cette marche-là. dès le jour-même j’ai fait une pétition au Ministre de la Guerre[2], dans laquelle je lui exposais que j’étais officier de Santé. Requis par la loi du 1er août 1793. Que la loi du 27 messidor ne rapportait les exemptions de service que celles accordées depuis le 23 août 93. Je faisais en outre valoir mes titres comme ayant été employé depuis 6 ans dans l’instruction publique. Voici l’extrait de la lettre en réponse à ma pétition que j’ai reçue hier.


« J’ai examiné etc., je vous préviens, Citoyen, que puisqu’il est constaté que vous avez rempli les conditions prescrites par la loi, que depuis ce temps vous avez été employé dans l’instruction publique de l’art de guérir etc... vous devez être maintenu à l’abri de toute inquiétude relativement au service militaire pour être employé aux armées en qualité d’officier de santé. Lorsque je vous aurai fait connaître que votre présence y est nécessaire


(ce qui ne pourra jamais avoir lieu à l’aide de la sage précaution qu’a pris le Chef de Bureau de ne porter mon nom sur aucun registre !).


Vous voudrez bien faire en conséquence enregistrer la présente à l’administration municipale de votre arrondissement. » Signé Bernadotte


Tu vois que me voilà en pied. Maintenant pour aller à Amiens comment ferai-je ? Duméril[3] dit qu’on est extrêmement difficile sur les routes pour les passeports. Tous mes amis ici me dissuadent d’aller à Amiens qu’on croit être en état de siège[4]. Je vais encore patienter quelques jours et je prendrai une détermination subite dont je te ferai part.

il faut d’abord que j’obtienne une carte de sûreté mais pour ce il faut que je prouve que je monte la garde ce que je n’ai point fait depuis que je suis à Paris. Au reste je vais m’occuper de tout cela aujourd’hui.

Mande-moi quand Maman[5] doit revenir à Amiens. Embrasse Reine[6] pour moi.

Ton ami et frère

C. Duméril


Notes

  1. Devant la situation militaire périlleuse, les Conseils du Directoire votent des mesures de salut public, dont la mobilisation des conscrits de toutes les classes (15 juillet 1799 – 27 messidor an VII).
  2. Jean Bernadotte (1763-1844), ministre de la guerre du 2 juillet au 14 septembre 1799.
  3. Jean Charles Antoine dit Duméril, frère d’André Marie Constant et Joseph Marie Fidèle Duméril.
  4. Allusion aux menaces que font peser au Nord les troupes anglo-russes de la IIe coalition.
  5. Rosalie Duval.
  6. Reine Duméril, leur sœur.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 2ème volume, p. 66-67)

Annexe

Au citoyen Duméril Joseph : Homme de Loi

rue Saint Rémy n°4804

A Amiens

Département de la Somme

Pour citer cette page

« Mardi 20 août 1799, 3 fructidor an VII. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_20_ao%C3%BBt_1799,_3_fructidor_an_VII&oldid=40812 (accédée le 9 août 2022).

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