Lundi 5 décembre 1881

De Une correspondance familiale

Lettre de Marcel de Fréville et son épouse Marie Mertzdorff (Paris) à leur beau-père et père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Mon cher père,

Ma courte échappée à Londres s’est très bien et très agréablement passée ; et de retour au nid, l’oiseau voyageur tient à venir vous remercier de l’amabilité que vous avez eue pour lui. La série de plaisirs qu’il a éprouvé en apprenant quantité de renseignements intéressants en visitant une fort importante usine à gaz, en revoyant les admirables cartons de Raphaël[1] voire même en déjeunant chez le Lord Maire[2] tout cela ou en dînant au Reform Club[3], tout cela a été complété par la satisfaction de se retrouver hier soir au sein de sa famille et par la joie de pouvoir embrasser les bonnes joues que lui présentaient sa femme[4] et sa fille[5].

J’ai pris à votre intention quelques notes qui je pense vous intéresseront, mais elles sont encore trop incomplètes pour que je puisse vous les présenter ; il y a surtout à faire d’assez longs calculs pour transformer en francs et en kilogrammes ces mesures insupportables, ces livres, ces pieds et ces galions dont les Anglais, en gens pratiques auraient bien dû se débarrasser depuis longtemps ; en vérité c’est pousser un peu trop loin l’esprit conservateur. Du reste mon ami Denys[6] va faire son rapport d’ici à une 15aine de jours, je lui en ai retenu déjà un exemplaire pour vous, et je ne pourrais vous offrir rien de mieux que cela ; vous y trouverez des chiffres précis et comparés, c’est là qu’en pareille matière réside la vraie éloquence.

Je m’arrête, mon cher père, voulant laisser à Marie la place de vous ajouter quelques mots -  demain (car aujourd’hui il est trop tard elle monte se coucher) et je vous envoie, avec tous mes remerciements, de nouveau l’expression de mon plus respectueux dévouement.

M. de Fréville

5 Xbre 81.

Cher Papa, je ne veux pas laisser partir la lettre de Marcel sans venir t’embrasser, te répéter que nous allons tous bien et que nous sommes bien contents de nous être retrouvés.

Merci mille fois, mon Père chéri, de ta bonne lettre, elle m’a remplie de joie car il y avait longtemps que nous attendions de tes nouvelles, je l’ai envoyée de suite à Émilie[7].

J’ai eu hier une longue visite de bon-papa[8] qui a été bien content de ce que je lui ai dit de la santé de tante Marie[9] et d’Hélène. Ainsi tu vois que ta lettre a fait plaisir à bien des personnes.

Surtout mon Père chéri, ne t’enrhume pas, le temps se met au froid depuis 2 jours je te recommande d’y faire bien attention.

Adieu, mon petit Papa, à bientôt une plus longue épître, je vais sortir je t’embrasse de tout mon cœur

Your happy daughter

Marie           


Notes

  1. Les Cartons de Raphaël sont les grands dessins originaux réalisés par l'artiste entre 1515 et 1516, pour les tapisseries de la chapelle Sixtine de Rome ; ils sont conservés au Victoria and Albert Museum de Londres.
  2. Sir John Ellis.
  3. Le Reform Club est un cercle politique fondé en 1836 pour les membres du Parti libéral.
  4. Marie Mertzdorff.
  5. Jeanne de Fréville.
  6. Denys Cochin.
  7. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  8. Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d’Hélène Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 5 décembre 1881. Lettre de Marcel de Fréville et son épouse Marie Mertzdorff (Paris) à leur beau-père et père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_5_d%C3%A9cembre_1881&oldid=42680 (accédée le 15 août 2022).

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