Lundi 26 janvier 1880 (A)

De Une correspondance familiale


Lettre de Cécile Milne-Edwards (épouse de Ernest Charles Jean Baptiste Dumas) (Cannes) à Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1880-01-12A pages 1-4.jpg original de la lettre 1880-01-12A pages 2-3.jpg


Je n’attendais pour t’écrire, ma chère fillette que la nouvelle de ta décision définitive[1] & voilà ta lettre qui me la donne. Je t’avoue que je la prévoyais bien cette décision d’après de que ta tante[2] m’avait écrit & je pensais même qu’elle ne tarderait pas. Je suis bien heureuse que tu envisages avec tant de calme & de sérénité ce grand changement de ta vie & que M. de Fréville t’inspire cette affection confiante qui est la meilleure de toutes & le plus sûr garant de ton bonheur à venir. M. de Fréville a pu voir de suite les bonnes & aimables qualités que tu montres à tous & puis, petit à petit, il en découvrira d’autres encore (c’est peut-être déjà fait) non moins bonnes & plus charmantes peut-être que tu gardes pour les privilégiés & si tu trouves que Dieu te traite en enfant gâtée, je crois qu’il a de son côté d’excellentes raisons pour penser qu’il est traité de même, ma bien chère enfant.

Jean[3] a été très sensible à ta lettre aussi vient-il de s’enfermer dans sa chambre en me priant de ne lui donner aucun conseil pour te répondre ; tu penses si j’ai acquiescé à sa demande ! il va t’envoyer une épître en règle car il y a déjà longtemps qu’il s’est retiré dans ses domaines, il est vrai que le cas est exceptionnel & ne se représentera pas de sitôt.

Lundi soir. Mme Violet[4] qui est ici depuis ce matin, a interrompu ma lettre qui ne pourra plus partir aujourd’hui, voudras-tu dire à ta tante que je lui répondrai bientôt, que J. a eu fluxion fièvre etc. etc. & qu’en somme voici 8 jours qu’il ne fait rien, je pense qu’il pourra sortir demain & reprendre ses chères études.

Adieu ma chère enfant, je t’embrasse bien tendrement ainsi qu’Emilie[5] à qui je pense beaucoup aussi, oui certainement je voudrais être à Paris & je me fais mal à l’idée que lorsque nous reviendrons, peut-être ne seras-tu plus Marie Mertzdorff, mais comme je suis bien sûre de te retrouver toujours ce que tu es en réalité [, ce] que je regrette c’est de ne pas connaître M. de Fréville et d’en être réduite à faire de lui un idéal, [ce] que je peux [pourtant] faire de loin c’est apprécier les qualités qu’il a & dont [ta] bonne tante m’a parlé déjà à plusieurs reprises. Charge-toi [je te] prie de mes amitiés & tendresses pour ta tante & ton oncle[6]. Je pense que ton père[7] est encore avec vous et lui envoie un affectueux souvenir et tous mes compliments.
CD


Notes

  1. Marie Mertzdorff est fiancée à Marcel de Fréville le 21 janvier.
  2. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Jean Dumas. Voir la lettre suivante.
  4. Cécile Zoé Duquenne, épouse de Paul Violet ?
  5. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  6. Alphonse Milne-Edwards, frère de la signataire.
  7. Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 26 janvier 1880 (A). Lettre de Cécile Milne-Edwards (épouse de Ernest Charles Jean Baptiste Dumas) (Cannes) à Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_26_janvier_1880_(A)&oldid=40445 (accédée le 9 août 2022).

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