Lundi 15 septembre 1794, 29 fructidor an II

De Une correspondance familiale

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à sa mère Rosalie Duval (Amiens)

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n°73

Rouen 29 fructidor 2eme année de République

Maman,

Oh c'est bien vrai il y a longtemps, bien longtemps que je vous ai donné de mes nouvelles. J'étais comme vous dans l'attente d'une occasion, enfin j'en trouve, six pour une, et je me satisfais... Non, je n'ai pas quitté la citoyenne Thillaye. Auriez-vous pu croire que je l'aurais fait sans vous le demander ? je n'ai donc pas pris mon logement à l'hospice, et comme les besoins naissent des circonstances, j'ignore quels seront encore les miens, au reste croyez que je ne vous tiendrai pas quitte, si j'en éprouve de quelqu'espèces qu'ils soient. Je vous remercie du tendre intérêt que vous me marquez à cet égard, dans l'intention d'en profiter.

La citoyenne Thillaye vous écrira probablement et vous donnera la note de l’argent qu'elle a bien voulu débourser pour moi à votre compte, ainsi je crois inutile d'entrer avec vous dans ces détails, vous reconnaîtrez que j'ai fait peu de dépenses inutiles.

J'avais appris le départ de Duméril[1] pour Paris par la citoyenne Cézille et sa compagnie. Le motif m'en était inconnu et m'avait inquiété, votre lettre et celle que j'en ai reçu m'ont pleinement satisfait et tranquillisé.

J'étais instruit aussi de la nomination du citoyen Biston à la place d'agent général des hôpitaux de la République. Je m'attendais assez qu'Auguste le suivrait. L'événement a justifié ma manière de voir. J'avais prié Auguste de me faire passer trois petites brochures qu'il pouvait se procurer du citoyen Biston. J'ai bien trouvé inclus dans votre lettre des exemplaires d'un de ces ouvrages, mais celui qui m'est le plus essentiel serait le formulaire pharmaceutique. Si Duméril ou quelqu'une de vos connaissances pouvaient me le procurer elle me ferait beaucoup de plaisir.

J'ai reçu, ces jours derniers, une lettre de Montfleury du 12 thermidor, datée d'Arras : il m'annonçait qu'elle me serait remise par un jeune homme de sa connaissance mais elle m'est parvenue par la petite poste. Mandez-moi son adresse puisqu'il est maintenant à Omer.

Vous m'avez bien étonné en m'annonçant que mon oncle et ma tante leGuay[2], n'étaient pas encore libres, moi qui m'étais pressé de leur écrire de la chute du tyran[3], les croyant chez eux. N'oubliez point de m'annoncer leur entière mise en liberté. Je reçois en ce moment une lettre de mon oncle, datée d'Hesdin, il me fait part de ce que vous m'aviez annoncé, il me mande que ma cousine Scolastique[4] est avec eux, je lui répondrai sous quelques jours.

Après avoir répondu à votre lettre que je vous entretienne un moment de mon individu.

Bon Dieu ! que de pièces nécessaires pour toucher un traitement ! que de démarches, de pétitions, de simagrées pour les obtenir ! quelle patience ne ferait pas mettre à bout dans leur recherche ! mon quartier est échu il y a un mois puisque je suis nommé du 21 floréal : Eh bien le croiriez-vous ? je ne possède pas encore tous les papiers nécessaires pour me mettre dans le cas de former ma demande. Je viens tout à l'heure de mener les témoins qui ont attesté ma résidence. Quel ridicule, on me paye pour avoir rempli mes fonctions et on me demande un certificat de résidence, n'est-ce pas une conséquence tirée de son principe, et que de pièces pour obtenir ce dernier. Ma foi j'étais bien heureux d'ignorer tout cela, j'avais bien de l'embarras de moins. Je n'étais pas soumis aux impositions par le fait, cependant j'ai été porté sur le rôle ; il a fallu provisoirement que je payasse, sauf à présenter ensuite une pétition afin de radiation. Ce que je ferai, et pour ma pension en ville. Quel prix ! j'en avais trouvé une à la porte même de l'hospice pour 800ll, et puis tout d'un coup, j'apprends que le citoyen qui avait monté cette maison, verbalement, a oublié de résilier celle qu’il occupait ci-devant et qu'il a encore un terme à finir, que le propriétaire ne veut point lui lâcher, quoi qu'il en ait besoin. Voyez tout me contredit, ce qu'il y a de mieux. C'est que je n'entrevois pas encore où je retrouverai pareille occasion, et je crains trop que tout mon traitement ne saute. Mais quelque chose qu'il arrive j'y passerai toujours cet hiver, mon travail le réclame. Sauf si la guerre dure, à me procurer une nouvelle place.

Adieu je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur

Votre fils Constant Duméril

Rouen le 29 Fructidor 2e année de la république


Notes

  1. Jean Charles Antoine dit Duméril, Auguste (l’aîné) et Florimond dit Montfleury, frères d’André Marie Constant Duméril.
  2. Louis Leguay et son épouse Angélique Duval.
  3. Robespierre a été arrêté le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II).
  4. Scolastique Leguay (1778-1864), benjamine des quatre enfants Leguay.

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 1er volume, p. 152-156

Pour citer cette page

« Lundi 15 septembre 1794, 29 fructidor an II. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à sa mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_15_septembre_1794,_29_fructidor_an_II&oldid=40282 (accédée le 13 août 2022).

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