Lundi 13 et mardi 14 novembre 1809

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens)

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N° 197

Paris 13 Novembre 1809

Ma très chère Maman

Je ne veux pas tarder davantage à vous témoigner moi-même tous les regrets que nous avons éprouvés en nous séparant de vous et des vôtres, et combien nous avons été sensibles à l’accueil affectueux que vous avez fait à vos enfants et petits-enfants[1]. Nous pensons tous les jours au plaisir que nous a fait goûter ce séjour au milieu de vous, et l’affection que nos chers Parents ont témoigné à nos enfants nous est extrêmement précieuse. Il nous tarde beaucoup d’avoir de bons détails sur notre famille d’Amiens. D’abord nous désirons savoir comment vont vos jambes ma chère Maman, si vous continuez les bandages et si c’est avec succès. Nous désirons beaucoup aussi savoir comment est maintenant la santé de mon beau-frère Désarbret[2], et s’il est enfin remis tout à fait de l’épreuve qu’a soutenue sa santé cet automne. Nous espérons que notre cher Papa[3] est toujours content de la sienne qui est telle que personne ne pourrait lui donner son âge ; le mauvais temps qu’il fait depuis notre retour ici me contrarie beaucoup pour lui, car il le met dans l’impossibilité de faire des promenades qui doivent lui manquer, paraissant trouver du plaisir à cet exercice qui lui convient.

Je jouis pour ma sœur[4] de ce qu’elle a retrouvé sa chambre, et qu’elle n’habite plus cette petite pièce froide et au grenier, trop près des rats pour son sommeil, où notre présence l’avait placée ; encore elle était assez bonne pour paraître s’y trouver bien ; veuillez lui dire un grand nombre de choses amicales de notre part. Dites-lui aussi je vous prie que le collier de Mme Leselier a été remis hier à la personne qu’elle a chargée de le venir prendre.

Nous désirons bien que vos lettres contiendront toujours quelques détails sur Montfleury[5], qui nous l’espérons bien ne nous en veut point assez des petites malices que nous lui avons si souvent dites, pour ne pas nous rendre une bonne partie de l’attachement que nous lui portons. Nous prendrons toujours le plus grand intérêt à ce qui le regarde, et nous jouirons avec lui de ses progrès dans la science.

J’apprendrai avec bien du plaisir des nouvelles de l’aimable Mademoiselle Bailleul. Quoique je n’ai passé que bien peu de moment avec elle, je me sens pour elle une véritable amitié que je serais très flattée de lui voir partager un peu ; Je prie ma sœur de me rappeler à son souvenir quand elle lui écrira. Je lui recommande aussi de nous rappeler à celui de nos relations d’Amiens, qui toutes nous ont fait un accueil si aimable et si empressé, et dont nous nous rappellerons toujours avec plaisir et reconnaissance.

Nos enfants conservent ici leur gaieté et leur belle santé d’Amiens ; cependant le petit constant[6] souffre un peu pour les dents mais n’éprouve point de grandes douleurs. Ils prennent assez bien leur parti de n’avoir ni cour ni jardin pour courir et pour prendre l’air. Caroline qui m’a causé beaucoup de chagrin pendant les derniers temps de notre séjour auprès de vous, par sa mauvaise humeur, est plus sage depuis quelques jours et en me donnant de la peine j’espère que je parviendrai à la rendre plus docile ; par moment elle est extrêmement gentille, et il est bien clair que ses défauts tiennent surtout à son extrême vivacité. son frère est toujours doux et caressant ; et il a acquis le talent de chanter, même de danser en tenant sa robe des deux mains.

Caroline parle souvent de chaque individu de la famille que nous avons quittée, et sa mémoire sur de certaines choses nous étonne. Mes Parents[7] ont trouvé ces deux marmots grandis et engraissés et ont eu comme vous pouvez le comprendre, un grand plaisir à les revoir.

Mardi 14 - Cette lettre en était là ; et j’allais la terminer aujourd’hui pour la faire mettre à la poste, lorsque j’ai eu la visite de M. Marcadet qui m’a apporté l’aimable lettre de ma sœur, dont je vous prie de la remercier beaucoup, ainsi que de la petite poterie qu’elle a bien voulu songer à nous envoyer ; j’aurai le plaisir de lui répondre bientôt. J’ai aussi reçu aujourd’hui le paquet de bas dont M. Mathon a bien voulu se charger. Constant[8] remerciera incessamment lui-même son Père de la petite lettre qui y est jointe. Adieu mes chers Parents, veuillez recevoir tous deux l’expression du tendre attachement de votre dévouée fille. A. Duméril.


Notes

  1. Alphonsine Delaroche et André Marie Constant Duméril ont deux enfants : Caroline (l’aînée) et Louis Daniel Constant.
  2. Joseph Marie Fidèle dit Désarbret, frère d’AMC Duméril.
  3. François Jean Charles Duméril.
  4. Reine Duméril, sœur d’André Marie Constant.
  5. Florimond dit Montfleury (le jeune), neveu d’AMC Duméril.
  6. Louis Daniel Constant Duméril.
  7. Daniel Delaroche et son épouse Marie Castanet.
  8. André Marie Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p.43-46)

Annexe

A Madame

Madame Duméril

Petite rue St Remy

à Amiens

Pour citer cette page

« Lundi 13 et mardi 14 novembre 1809. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_13_et_mardi_14_novembre_1809&oldid=40247 (accédée le 17 août 2022).

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