Jeudi 4 août 1881 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Émilie Mertzdorff (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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Launay 4 Août 1881

Mon Père chéri,

Je pense que c’est aujourd’hui dimanche pour toi, bien que ce soit Jeudi pour le reste des mortels, mais tout le monde n’a pas pour patron le bon Saint-Dominique. Je sais donc te trouver tout seul dans ton cabinet ; peut-être, qui sait, en pantoufles et dans ta petite jaquette, peut-on trouver un meilleur moment pour bavarder avec son papa ? je vais en profiter le mieux que je pourrai, mais une lettre est bien loin de remplacer un vrai bavardage parlé ; que j’aimerais donc être avec toi, mon papa et causer avec toi, et t’embrasser comme il y a si longtemps que je n’ai pu le faire. Enfin notre séparation ne peut plus se prolonger beaucoup maintenant, nous voilà déjà au 4 Août, dans 8 jours au plus j’espère bien qu’oncle L[1] sera à Vieux-Thann, M. Jaeglé[2] de retour et toi avec nous. Oh ! quelle bonne journée que celle où l’on te verra arriver après une absence de près de 3 mois. Jamais nous ne sommes restés si longtemps séparés et j’espère bien que cela n’arrivera plus jamais.

C’est définitivement aujourd’hui que bon-papa et bonne-maman[3] se réunissent à nous, à force de les voir retarder de jour en jour leur départ, nous désespérions de les voir jamais arriver. Ce pauvre bon-papa a eu bien de la peine à se décider à quitter à cause de ses occupations, de la crainte que le voyage ne fatigue bonne-maman &&. Ils devaient être ici Samedi, puis, bon-papa ayant une séance de la société d’histoire de France Mardi, ils ont dû partir Mercredi, mais comme il a plu Lundi et Mardi toute la journée, bon-papa s’est dépêché d’écrire que le temps était trop mauvais pour se mettre en route et qu’on ne pourrait partir que Jeudi. Enfin, c’est aujourd’hui Jeudi, et nous les attendrons au chemin de fer. Le temps est superbe depuis hier, pas un nuage au ciel et une température délicieuse.

Nous en avons profité pour faire hier une grande promenade ; nous avons été dans un petit village sur une hauteur derrière la butte Saint-Pierre-La Bruyère, c’est à  peu près à une lieue de Launay. Je ne sais pas pourquoi, il y a ici une tradition qui interdit de se promener en dehors des limites de Launay de sorte qu’on va toujours sur la butte par les mêmes chemins et qu’en dehors des bois et de la route qui descend à Nogent on ne connaît pas un chemin. J’ai demandé à tante[4] si ce serait trop déroger que de se promener un peu aux environs, et depuis quelques jours, nous faisons des voyages de découverte autour de Launay et nous trouvons des petits chemins charmants et des endroits qui valent bien, à mon avis les bois de Launay. Au moins ce n’est pas toujours la même chose. Je ne veux pas dire cependant que je n’aime pas à me promener dans Launay, et la preuve c’est qu’hier nous avons été nous installer avec nos livres et nos ouvrages dans le coupe-gorge et que nous y sommes restés jusqu’au dîner.

Tante a reçu hier une lettre de Marie[5] écrite au crayon dans l’omnibus qui la conduisait à la gare Saint-Lazare. Son voyage de Launay à Paris s’est très bien passé, elle a été seule tout le temps ; j’espère que nous recevrons bientôt des nouvelles de Villers.

Tante a aussi une dépêche d’oncle[6] ; il et arrivé Mardi à [Lisbonne] et en quittera aujourd’hui ou demain ; il ne donne naturellement aucun détail, mais il a probablement envoyé une lettre en [même] temps.

Adieu, mon papa chéri, je bondis de joie en pensant que je ne t’écrirai plus bien souvent avant de te revoir et je t’embrasse de toutes mes forces et de tout mon cœur.

Tante t’envoie ses meilleures amitiés.

Émilie

Je te remercie bien de ta bonne lettre que j’ai reçue Mardi, elle est à Villers.


Notes

  1. Léon Duméril.
  2. Frédéric Eugène Jaeglé.
  3. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  4. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  5. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville et sœur d'Émilie.
  6. Alphonse Milne-Edwards, en expédition scientifique sur Le Travailleur.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Jeudi 4 août 1881 (B). Lettre d’Émilie Mertzdorff (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (D. Poublan et C. Dauphin eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_4_ao%C3%BBt_1881_(B)&oldid=40103 (accédée le 1 mars 2024).

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