Jeudi 3 novembre 1870 (A)

De Une correspondance familiale


Lettre d’Émilie Mertzdorff (à Morschwiller chez ses grands-parents) à ses parents Charles Mertzdorff et son épouse Eugénie Desnoyers (Vieux-Thann)



Jeudi 3 Novembre 1870

Chère mère et toi cher papa,

je vous embrasse tout deux, venez me chercher mais venez tous les deux. Aujourd'hui j'ai fait la petite paresseuse j'ai déjeuné dans mon lit, et Cécile[1] prétend que j'ai fait beaucoup de bêtises.

Ma bonne mère je voudrais bien te parlez de choses gaies mais cette idée que tu es loin de moi me revient toujours et je deviens triste. Je dis tout bas mère, mère viens chercher ta petite fille, viens mère chérie. Hier soir on a reçu une lettre <Monsieur> Auguste[2] mais je ne sais pas bien ce qu'elle contenait. N'en as-tu pas toi de petites lettres. Nous avons reçu ta jolie et chérie petite ou plutôt grande lettre, je l'ai bien embrassée cette écriture chérie.

J'espère que je pourrai demain bientôt embrasser cette chère figure ma mère chérie, je pense toute la journée à toi et à mon bon père, à la maison à Vieux-Thann.

Viens nous chercher mère viens.

J'espère que tu reviendras plus tôt que Samedi. Tâche de nous envoyer les amies[3], encore mère, tâche, mais viens avec elles et avec père mais pour nous emmener. La tante et l'oncle[4] vont-ils bien, et vous chers parents comment allez-vous.

Adieu mère je crois qu'oncle Léon[5] est va partir. Je t'embrasse en attendant de te voir j'embrasse aussi père. Je veux un peu causer, comme j'ai fait mes adieux je n'aurai plus qu'à signer. Mère je t'en supplie viens viens nous chercher avec père chéri.

Je lis ou plutôt je dévore le magasin des enfants[6].

Nanette et Thérèse[7] vont-elles bien. J'espère que Fifi va bien et que ses plumes se sont arrêtées de tomber. Je t'embrasses encore ainsi que cher père notre chéri. Le <cadran> de montre avance. Bonne-maman[8] te fait exprimer toutes ses amitiés en t'embrassant bien fort <comme que> je viens de le faire.

Cette nuit j'ai couchée dans le lit de Marie[9] et par le fait dans sa chambre, et Marie s'est couchée dans mon lit.

Je t'embrasse encore et te prie de ne pas oublier mes caoutchoucs. Nos fleurs poussent-elles bien.

Mère, père, venez nous chercher.

Ta petite fille Émilie

Cécile te fait dire ses amitiés.

Quand je pense à tant de malheureux qui n’ont pas de maison quand ils n'ont plus rien, que tout est brûlé je ne me trouve pas malheureuse moi qui me plains tant.


Notes

  1. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  2. Auguste Duméril.
  3. Marie et Hélène Berger.
  4. Probablement Elisabeth Schirmer et son époux Georges Heuchel.
  5. Léon Duméril.
  6. Possiblement Le Magasin des enfants de Jeanne Marie Leprince de Beaumont (1711-1780), souvent réédité.
  7. Annette et Thérèse Neeff, employées chez les Mertzdorff.
  8. Félicité Duméril épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Marie Mertzdorff, sa sœur.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 3 novembre 1870 (A). Lettre d’Émilie Mertzdorff (à Morschwiller chez ses grands-parents) à ses parents Charles Mertzdorff et son épouse Eugénie Desnoyers (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_3_novembre_1870_(A)&oldid=57016 (accédée le 15 août 2022).

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