Jeudi 28, vendredi 29 et samedi 30 juillet 1881

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


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28 Juillet

Mon cher Papa,

Pourquoi n’est n’es-tu pas avec nous aujourd’hui ? ce serait une si bonne réunion ! mais enfin je ne résiste pas à venir au moins par écrit te faire partager ma joie ; Marcel[1] est arrivé hier soir tu devines si je suis contente et je veux qu’il te parvienne à Vieux-Thann un petit écho de tout ce bonheur. C’est hier à 8h1/2 que j’ai retrouvé mon mari à la gare de Nogent, il se porte à merveille et rapporte du camp[2] un teint bruni et un appétit considérable. Jeanne[3] n’a pas encore reconnu son papa elle le regarde sans cesse mais ne se décide pas à sourire.

Vendredi matin. Ma lettre n’a pu être prête hier pour l’heure de la poste, cela me permet, mon cher Papa, de te remercier de la bonne et longue lettre que j’ai reçue de toi hier, sur laquelle je ne comptais pas et qui m’a fait le plus grand plaisir. Le projet de venir à Villers dont tu me parles me remplit de joie…

Samedi matin. Vraiment mon cher Papa, je suis désolée, comment ai-je fait pour ne pas terminer cette lettre hier ? mettre trois jours à écrire deux pages, c’est absolument ridicule et je t’en demande bien pardon ; moi qui aurais tant voulu que tu saches tout de suite que Marcel était avec moi et que j’avais reçu ta chère lettre qui me donne l’assurance de te voir au bord de la mer. Ce sont ces deux idées-là qui  f sont le fond de ma lettre aujourd’hui et qui me causent le plus de plaisir. Du reste je te dirai que nous nous portons tous à merveille. Jean[4] est venu nous surprendre Vendredi soir de sorte que la jeunesse est au grand complet ; hier Marcel et lui ont passé leur journée entière à pêcher avec tous les engins imaginables, filets, ligne, bouteille && ils voyaient des carpes superbes qui leur passaient sous le nez mais malgré leur persévérance ils n’ont rien pris que 10 méchants petits goujons. Il fait toujours bien beau, je crois que les chaleurs vont recommencer. Hier soir on a fait une partie de croquet monstre qu’on a terminée à la lueur de la lampe et des étoiles.

Nous voilà à la fin de ce bon séjour ici ; bon-papa et bonne-maman Desnoyers[5] devaient arriver ce soir et d’après cela nous avons décidé que Marcel partirait demain soir pour arriver à 11h1/2 à Paris et que moi je partirais le lendemain matin avec Jeanne et sa nounou[6] ; une lettre de bon-papa nous apprend que leur départ est remis à Mercredi prochain cependant nous ne changeons rien à ces projets ; nous quitterons de nouveau Villers Paris Mardi matin à 9h1/2 emmenant tout le monde à Villers. Adieu, mon cher Papa. Je t’embrasse de toutes mes forces comme je t’aime.

ta fille

Marie

Ci-joint une lettre pour bon-papa Duméril[7] qu’on nous a renvoyée et que nous avons ouverte par mégarde. Merci de la lui remettre avec beaucoup d’amitiés.


   

Notes

  1. Marcel de Fréville.
  2. Le camp de Coëtquidan.
  3. Jeanne de Fréville.
  4. Jean Dumas.
  5. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  6. Nounou probablement prénommée Marie.
  7. Louis Daniel Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Jeudi 28, vendredi 29 et samedi 30 juillet 1881. Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Launay près de Nogent-le-Rotrou) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_28,_vendredi_29_et_samedi_30_juillet_1881&oldid=40045 (accédée le 2 octobre 2022).

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