Jeudi 13 et vendredi 14 octobre 1791

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à sa mère Rosalie Duval (Amiens)


lettre du 13 et du 14 octobre 1791, recopiée livre 1 page 73.jpg lettre du 13 et du 14 octobre 1791, recopiée livre 1 page 74.jpg lettre du 13 et du 14 octobre 1791, recopiée livre 1 page 75.jpg


N°21

Rouen ce 13 8bre 1791

Maman,

Impatient par caractère, impatienté par les circonstances, il est impossible que je patiente plus d’un mois sans recevoir de vos nouvelles. Pour vous vous ne comptez pas le temps ; à mon égard, il n’en est pas de même. J’ai écrit à ma sœur[1] plusieurs lettres qu’elle paraît ne pas avoir reçues puisqu’elle ne me donne pas plus de réponse que vous, tout cela me chagrine. M. Thillaye est malade depuis trois semaines d’une fièvre lente et continue qui l’affaiblit beaucoup. Cependant il va beaucoup mieux aujourd’hui. Un monsieur voisin de la maison part pour Nantes ces jours-ci, je voudrais bien avoir l’adresse de M. Touchy c’est la plus belle occasion pour lui écrire ce que je désire depuis longtemps. Informez-vous et donnez-moi la le plus tôt possible, Poste pour poste si faire se peut, Et pour ce, mettez ma lettre sous une bande de papier pareille à celle des gazettes sur laquelle vous mettrez l’adresse de M. Thillaye et vous l’envelopperez sous l’adresse de M. Bosc secrétaire de la Surintendance des postes à Paris, et de même, toutes les fois que vous me marquerez quelque chose que vous voudrez que je sache bientôt. Vous avez dû recevoir une lettre de moi, n’oubliez pas mes prières nous possédons ici depuis quelques jours un ancien officier du régiment de la couronne que j’avais vu plusieurs fois à Amiens chez M. D’Eu[2] avec lequel j’avais herborisé. Je viens de relier connaissance. J’ai roulé hier toute la journée avec lui, aujourd’hui il a passé la journée ici où il y a eu un grand dîner. Samedi nous allons à Elbeuf. Il va faire le tour du Globe[3]. J’eusse bien voulu être plus âgé plus instruit et plus fortuné, j’aurais bien été de cette embarcation ; je suis entré en détail avec lui. Comme leurs bâtiments sont très petits, à peine sont-ils de 100 tonneaux, ils ne peuvent pas emporter de vaches. Qu’ont-ils fait ? ils ont quêté et ramassé tous les vieux habits de leurs maisons et de celles de leurs amis et ils relâcheront au Cap-vert, où pour ces mêmes habits on leur donnera des chèvres, du sucre, du Poivre, du café, pour le voyage, ce qui ne leur coûtera rien. Ils m’ont fait présent de leur itinéraire qui est imprimé et enrichi de deux plans. Comme ma lettre ne partira que demain, je ne la finirai que demain. Pour moi je vais souper.

du 14 à 1 heure 1/2

J’avais oublié de vous prier de voir chez M. Tavernier Marchand si vous ne pourriez pas trouver deux ou trois boutons d’acier pareils à ceux de mon habit noir car ils coupent le fil et j’en perds à chaque fois que je le mets ; par bonheur que j’en avais derrière ; il ne m’en manque que deux. J’ai prié ma sœur de vous dire de m’envoyer des <écreux>, ne m’oubliez pas. Je viens de commander une paire de souliers propres j’en attends d’Auxi-le-Château ceux que j’ai sont fort bons. Ma sœur a dû vous dire que j’avais vu mon cousin Routhier. J’écris à Oisemont ces jours-ci ; des nouvelles de la famille. J’embrasse tout le monde et suis

Votre fils Constant Duméril.


Notes

  1. Reine Duméril.
  2. Louis Joseph Deu de Perthes.
  3. Il s’agit peut-être de l’expédition maritime lancée vers l’Australie sur les traces de La Pérouse disparu en 1788. La Recherche, commandée par Antoine Bruny d’Entrecasteaux (1737-1793) et L'Espérance, commandée par Jean Michel Huon de Kermadec (1748-1793) emmènent le minéralogiste Jean Blavier (1764-1828) et les naturalistes Jacques Julien Houtou de la Billardière (1755-1834), Claude Antoine Gaspard Riche (1762-1798), Louis Auguste Deschamps (né à Saint-Omer en 1765-1842) – auquel André Marie Constant Duméril ferait ici allusion.

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 1er volume, p. 73-75.

Pour citer cette page

« Jeudi 13 et vendredi 14 octobre 1791. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à sa mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_13_et_vendredi_14_octobre_1791&oldid=41442 (accédée le 20 août 2022).

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