Jeudi, début 1867

De Une correspondance familiale

Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Marie Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre début 1867 pages1-4.jpg original de la lettre début 1867 pages2-3.jpg


Jeudi soir[1]

Ma chère petite Mimie

Voici bien longtemps que je veux te répondre et cependant je ne le fais pas ; c’est qu’à Paris on est toujours très occupé et comme à Vieux-Thann le temps passe très vite.

Ta lettre m’a fait un si grand plaisir que je l’ai lue bien des fois et l’ai gardée dans ma poche très longtemps ; c’est en m’apercevant que le papier s’usait par le frottement que je me suis décidée à m’en séparer. Je vous aime tant mes chères petites filles[2] que je suis toute heureuse lorsque je reçois la preuve que vous n’oubliez pas tout à fait tante Cala.

Les petites Duval[3] auront été bien contentes en recevant vos lettres car elles les attendaient avec impatience ; je les leur ai renvoyées à Versailles où je les avais reconduites.

Dimanche. Je suis sûre que vous vous seriez bien amusées si vous aviez été avec nous. Comme il faisait très froid Oncle Alphonse[4], oncle Julien[5] et Frédéric[6] patinaient et tantôt l’un, tantôt l’autre poussait le traîneau dans lequel on m’avait installée. Le plaisir eût été beaucoup plus grand si il avait fait moins froid.

Bonne-maman Desnoyers[7] va mieux elle a dîné chez ma tante Target[8] Lundi et aujourd’hui elle a fait plusieurs courses avec moi sans en être fatiguée ; le temps est très doux et les rue sont garnies de bons petits coussins de boue.

Jeanne Duval trouve le temps bien long depuis qu’elle a quitté le jardin des plantes, il faut te dire qu’ici elle était en vacance et ne faisait que jouer du matin au soir. Elles couchaient dans le cabinet d’oncle alphonse que tu connais, m’appelaient la nuit lorsqu’elles avaient besoin de quelque chose et dans la journée jouaient dans le laboratoire qu’elle adorent et trouvent superbe. Elles étaient venues sans la bonne, c’est moi qui les habillais, frisais. Bien des fois elles ont regretté de ne pas vous avoir, mais si elles sont sages on me les donnera lorsque vous serez à Paris.

Adieu mes chéries, je vous embrasse bien tendrement

tante et marraine

A. M. Edwards

Je te remercie beaucoup de ce que tu me dis avoir commencé à mon intention pour le jour de l’an ; ne fatigue pas ton œil en y travaillant trop tôt.

Embrasse bien fort ta petite maman[9] pour moi. J’aime à te charger de ces commissions parce que je sais que tu t’en acquittes très bien.


Notes

  1. Lettre déclassée dans les archives familiales, dont la datation n’est pas certaine.
  2. Marie Mertzdorff et sa sœur Emilie.
  3. Jeanne et Hortense Duval.
  4. Alphonse Milne-Edwards.
  5. Julien Desnoyers.
  6. Frédéric Duval.
  7. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  8. Eléonore Pauline Lebret du Désert, veuve de Louis Ange Guy Target.
  9. Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi, début 1867. Lettre d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) à Marie Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi,_d%C3%A9but_1867&oldid=40191 (accédée le 19 août 2022).

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