Dimanche 27 février 1881

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1881-02-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1881-02-27 pages 2-3.jpg


Paris 27 Février 1881.

Je ne m’explique vraiment pas, mon cher Papa, comment après tout le plaisir que m’a fait ta lettre, j’ai pu attendre jusqu'à aujourd’hui pour venir t’en remercier ! Ce n’est certes pas cependant faute d’avoir pensé à toi et je crois que tout simplement le temps a passé plus vite que je ne le supposais.

Comment vas-tu mon Père chéri ? Il me semble qu’il y a bien bien longtemps que je ne t’ai vu et je voudrais que bébé[1] ne tarde pas trop à arriver afin qu’il fasse venir aussi son bon-papa. Quel petit despote il est déjà, ce cher bébé ! heureusement qu’il ne peut encore s’en apercevoir ; et quand il sera d’âge à s’en rendre compte j’espère qu’on le lui cachera absolument car il faudra avant tout qu’il soit bien élevé. Nous nous répétons sans cesse nos beaux projets d’éducation. Marcel[2] certainement y tiendra et moi aussi je l’espère.

J’ai eu hier une courte visite de tante[3] et d’Émilie[4] qui m’apportaient encore des piles de vêtements pour petit Robert, voilà sa chambre à peu près complète et Mercredi soir la sœur doit venir coucher ici afin que Marcel soit plus tranquille ; nous ne la garderons pas dans le jour car elle n’aurait que faire, mais ce sera une sécurité de l’avoir la nuit ; ce serait trop compliqué d’aller de tous les côtés chercher tout ce monde, sans voiture peut-être ; et au moins si la sœur est là mon pauvre mari ne s’agitera pas. Elle viendra donc chaque soir en attendant qu’on ait sérieusement besoin d’elle, ce qui pourrait être dans 8 jours ; ainsi tu vois mon Père chéri, qu’il faut que tu te prépares à un départ peut-être prochain, et pendant que je cause avec toi à tête reposée, je vais te demander si tu n’aurais plus à Vieux-Thann des portraits de mère[5] et de maman[6] soit grands, soit petits, je n’ai ni l’un ni l’autre et je tiens beaucoup à les placer dans la chambre de bébé avec celui du père de Marcel[7] afin que ce cher petit ait toujours eu sous les yeux au moins l’image des grands-parents qu’il ne connaîtra pas ici-bas et qui l’auraient tant aimé, je peux dire même qui l’aiment tant car je compte bien sur les prières et la protection de mes chères mamans pour veiller sur mon bébé chéri. Si donc tu as des portraits et que tu puisses sans te gêner les préparer dans ton sac je t’en remercie d’avance. Si tu n’en trouves pas nous tâcherons à l’automne d’en dénicher peut-être ou bien il faudra s’occuper d’en faire tirer d’autres ; il ne faut pas laisser celles ceux que nous avons s’effacer avant d’en reproduire et du reste Émilie aussi en demandera un jour davantage.

Marcel vient de sortir il profite encore de son Dimanche de liberté pour aller faire des courses lointaines et indispensables. Moi au contraire je reste et j’espère un peu avoir tout à l’heure une bonne visite du Jardin. Émilie hier avait une mine superbe qui n’annonçait pas une nuit entière passée au bal. Il paraît qu’elle s’est énormément amusée. Hier nous avons dîné chez l’oncle Villermé[8] et demain nous dînons au Jardin au lieu du Mercredi des Cendres.
Je me porte à merveille, et je suis plus rose que jamais.

Adieu, mon petit Papa chéri, à bientôt je l’espère, en attendant je t’embrasse de toutes mes forces. Marcel est de moitié dans toutes les amitiés que je t’envoie. Lui aussi t’aime beaucoup.
Ta fille
Marie


Notes

  1. Jeanne de Fréville naîtra le 19 mars 1881 (alors que « Robert » est attendu).
  2. Marcel de Fréville, époux de Marie Mertzdorff.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  5. Eugénie Desnoyers (†), seconde épouse de Charles Mertzdorff, qui a élevé Marie et Emilie.
  6. Caroline Duméril (†), première épouse de Charles Mertzdorff, mère de Marie et Emilie.
  7. Ernest de Fréville.
  8. Louis Villermé.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 27 février 1881. Lettre de Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville) (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_27_f%C3%A9vrier_1881&oldid=41431 (accédée le 12 août 2022).

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