Dimanche 26 février 1871 (C)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à Félicité Duméril (Morschwiller)

original de la lettre 1871-02-26(C).jpg


Vieux-Thann[1]

Dimanche soir

Chère bonne-Maman,

Hier soir j'ai reçu une bonne lettre de papa[2] datée du 6 ; il me charge de

« en attendant que ta maman[3] réponde à notre bonne amie Mme Duméril[4], remercie-la bien de son affectueuse lettre. Elle aussi aimait notre cher Julien[5], comme tous ceux qui l'ont connu. Si les témoignages de sympathie pouvaient nous consoler, on nous les prodigue mais ils nous prouvent plus encore l'immense perte que nous faisons tous ».

Papa dit qu'ils vont bien et ont beaucoup de courage et qu'Alfred[6] remettra à plus tard à venir nous voir puisqu'ils ont reçu de nos nouvelles. C'est votre lettre chère bonne-maman qui est arrivée la première le 6 au matin, puis Mme Auguste[7] a été porter celle qu'elle venait de recevoir ; puis le Gaulois a transcrit une des petites notes du Times ou de l'Indépendant, et enfin le même jour on a remis dans l'après-midi ma lettre à mes chers parents. Aussi mon bon père dit qu'ils en ont versé des larmes de joie, si le mot joie peut être prononcé après leur cruel malheur, tant ils avaient une anxiété poignante à notre sujet depuis 4 mois étant sans aucune nouvelle.

M. Bayot s'est éteint de la poitrine le 6 février, Alfred était auprès de lui.

Nous n'allons pas à Colmar cette semaine, les chemins sont trop mauvais, et surtout Elise[8] n'a pas reçu de nouvelles de son mari depuis le 14 Janvier, elle est bien inquiète, nous pensons qu'il s'est mis en route pour venir en Dauphiné.

Charles[9] fait dire à bon-papa[10] que nos voitures de réquisition sont toujours à St Sentheim, n'ont rien fait jusqu'à présent, attendant un chargement ; il fait des démarches pour les faire rentrer si possible.

Nous ne savons rien de plus sur la légion alsacienne. Je pense que vous aurez reçu une lettre de Léon[11]

Les fillettes[12] vont bien, nous nous réunissons tous quatre pour vous envoyer nos meilleures amitiés

Eugénie


Notes

  1. Lettre écrite sur papier deuil.
  2. Jules Desnoyers.
  3. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  4. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Julien Desnoyers, décédé en janvier 1871.
  6. Alfred Desnoyers.
  7. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  8. Elisabeth Mertzdorff, épouse d’Eugène Bonnard.
  9. Charles Mertzdorff.
  10. Louis Daniel Constant Duméril.
  11. Léon Duméril.
  12. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 26 février 1871 (C). Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à Félicité Duméril (Morschwiller) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_26_f%C3%A9vrier_1871_(C)&oldid=39558 (accédée le 13 août 2022).

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