Dimanche 25 juin 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec un ajout d’Emilie Mertzdorff

original de la lettre 1876-06-25 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-06-25 pages 2-3.jpg


Paris le 25 Juin 1876.

Mon Père chéri,

Voici bien longtemps que je ne t’ai écrit et je ne puis croire qu’il n’y a que dix jours que tu nous as quittées. C’est aujourd’hui que doit avoir lieu notre réunion chez Mlle Poggi[1] ce qui je t’assure ne me réjouit par trop je ne sais pas très bien mon morceau et je suis sûre que je vais le jouer encore bien plus mal que je n’ai l’habitude de la faire ici enfin c’est un ennui de 5 minutes puisque il ne dure que ce temps-là et ce sera bi vite passé Dieu merci ; Emilie[2] a un morceau bien plus difficile à jouer que le mien attendu que ce ne sont que des traits et que la moindre fausse note s’entend ; espérons qu’elle n’en fera pas trop entendre. ● Allons bon ! quel horrible pâté j’espère que tu ne t’en formaliseras pas, mon petit père chéri et que tu me pardonneras ma maladresse ; c’est en voulant ponctuer que cela m’est arrivé aussi il pourrait passer pour un gros point.

Nous rentrons de l’exposition Filhol[3] où nous étions retournées pour la 3ème fois ; nous y étions allées avec oncle, tante[4] et M. Pichot[5] qui a déjeuné ici. Oncle nous a fait une espèce de cours c’était très intéressant ; elle devait comme tu sais fermer aujourd’hui mais on a obtenu de M. Decaisne[6] une prolongation jusqu’à Mardi c’est vraiment dommage qu’on ne puisse pas en profiter plus longtemps car il vient beaucoup de monde pour la voir.

Hier Samedi nous avons été chercher nos amies et comme nous étions fort en retard nous avons pris une voiture chose assez difficile à trouver car nous étions six, un cocher fort très aimable y a cependant consenti. Notre après-midi s’est parfaitement bien passée tante est allée faire des courses avec M. Edwards[7] pendant que nous restions ici à travailler et à causer, à 4h1/2 Mme Arnould est venue rechercher toute la bande.

Cette pauvre tante est bien occupée en ce moment ; toute la journée elle court pour des rideaux, des bandes, des tapissiers, que sais-je moi ? Puis alors le soir on ne fait que discuter toute l’organisation : on apporte des échantillons ; on décide une chose puis le lendemain tout est défait et on adopte des combinaisons nouvelles. M. Edwards s’en occupe beaucoup, il fait des dessins, cherche à tout rarranger et cela n’a vraiment pas l’air de l’ennuyer au contraire ; je n’en dirai pas autant de notre pauvre tantine.

Je pense sans cesse aux vacances et m’en réjouis beaucoup ; ce sera si gentil d’être là tous ensemble n’ayant rien à faire que des choses qui nous plaisent. Et puis nos bains !

Jean[8] comme nous te l’avons dit est parti depuis quelques jours mais en arrivant il a été très souffrant ; fièvre, maux de tête & maintenant il va bien.

Nous avons un très beau temps malgré des orages épouvantables Mercredi et Jeudi qui ont bien rafraîchi la température.

Bonne-maman Desnoyers[9] va toujours de même cependant elle sort un peu et va même venir avec nous chez Mlle Poggi.

Au revoir mon Père chéri, je suis bien fâchée de te quitter si tôt mais il ne me reste plus qu’une demi-heure et j’ai à m’habiller et à rejouer une dernière fois mon morceau ; je t’embrasse donc de toutes mes forces comme je t’aime, mon petit papa chéri.

Ta fille Marie

Mon petit papa, nous partons à la réunion de Mlle Poggi, je ne suis pas encore du tout intimidée, mais cela viendra peut-être, j’espère bien que non pourtant.

Je t’embrasse comme je t’aime aussi fort que j’en suis capable.     

Ta fille Emilie      


Notes

  1. Mlle Poggi, professeur de piano.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Henri Filhol, qui présente au Muséum les résultats de son expédition scientifique.
  4. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  5. Pierre Amédée Pichot.
  6. Joseph Decaisne.
  7. Henri Milne-Edwards.
  8. Jean Dumas.
  9. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 25 juin 1876. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec un ajout d’Emilie Mertzdorff », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_25_juin_1876&oldid=39544 (accédée le 15 août 2022).

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