Vendredi 11 mai 1860

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Manchester) à son beau-père Louis Daniel Constant Duméril (Paris)

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Manchester le 11 au soir.

Mon cher Père je vous remercie bien de vos aimables petites lettres. J'ai peu de temps aujourd'hui, je ne saurais écrire à Caroline[1] cette chère petite amie qui tous les jours me donne de ses caresses et ses bons souvenirs qui tous les jours sont reçus avec une joie qu'elle ne saura jamais. Sa lettre d'aujourd'hui que Miki[2] va si bien que sa maman ne s'en porte pas plus mal et que tout le monde enfin est heureux.

Pardonnez si aujourd'hui je ne vous donne pas de détails de mon séjour ici. Je commence à me débrouiller un tout petit peu & peut-être suis à la veille de prendre une assez grosse résolution tant pour ici que la maison. Je crains bien qu'ici j'aurai 1 500 £ à laisser ! Le moulin à acheter. Le tout 150 000 F. Sans compter ce qui m'attend !! Mais enfin que faire ? Vous voyez que si quelquefois je m'agite il n'y a rien d'étonnant.

J'ai demandé quelques renseignements à Mulhouse pour l'entrée des machines[3]. Toutes celles que j'ai à acquérir ici sont très lourdes, beaucoup de fonte & de bronze. Ce sont des cylindres enfin dans le genre des miens. Mon Oncle[4] me donne < >

Les droits que les machines payaient & paient encore aujourd'hui. Les voici.

machine de 100 à 200 kg paient 45 les % % droit d'entrée.

200 - 1 000" 35  "

1 000 - 2 500" 30  "   "

2 500 à 5 000 " 25  "   "

5 000 au-dessus 20  "   "

Car toutes mes machines sont au dessus de 5 000kg. Il y a même une qui passera 12 tonnes.

Cependant je crois avoir bien lu, ici dans un journal ou Presse ou Constitutionnel que les machines mêmes commandées avant la lettre de l'Empereur[5] paieront les nouveaux droits ?

Est-ce bien ainsi ? Quels sont ces nouveaux droits ? Est-ce au poids ou ad valorem ? toutes questions qui m'intéressent beaucoup.

Dans tous les cas ces nouveaux droits seront plus bas que les anciens ? & seront perçus au 1 Janvier prochain. Autant de questions que le directeur de Mulhouse n'a pas pu résoudre.

Vous serait-il possible d'apprendre quelque chose au Ministère du Commerce. Auriez-vous la bonté d'essayer & j'attendrai votre réponse avant de ne rien conclure ici.

Demain je dois revoir mon homme au brevet je n'ai plus rien fait à ce sujet. Je sais à peu près comment la chose est faite & ferai quelque chose en ce genre sans mon homme s'il est trop exigeant. Il sera de toute nécessité que Léon[6] fasse une année de Manchester pour cet objet le pauvre garçon aura à faire à côté de son Allemand de l'Anglais. Autrement il se trouverait perdu. En temps voulu je l'accompagnerai ici ; C'est une bonne école indispensable à qui veut rester un peu au-dessus de l'ordinaire.

Pardonnez mon griffonnage distribuez force amitié à tout ce petit coin de paris où j'ai laissé plus que mon existence. A vous cher Père un bon baiser

Charles Mertzdorff

J'oubliais de vous dire que j'ai reçu une lettre de Léon qui m'a fait l'on ne peut plus de plaisir. Je suis content de votre fils, vous devez l'être car je suis peut-être un peu trop exigeant.

J'ai tant à faire ici mon temps est si bien pris souvent bien maladroitement il est vrai que je ne sais s'il me restera le temps d'aller à Liverpool pour faire usage de la lettre de M. Delaroche[7].

Quelle est la raison de Commerce de M. H. Delaroche, vous me l'avez donnée dans le temps mais ma pauvre tête ne sait rien conserver ?

Offroy fouchet & Cie[8] est bien faubourg poissonnière 63 ?


Notes

  1. Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff.
  2. Marie Mertzdorff, fille de Caroline et Charles.
  3. Napoléon III impose le système du libre-échange aux industriels français : le 23 janvier 1860, la France a signé un traité de commerce avec l’Angleterre. En échanges de concessions analogues, la France supprime toutes les prohibitions et réduit les droits d’entrée sur les marchandises anglaises. Les droits de douane sont fixés ad valorem et abaissés par paliers pour donner à l’industrie le temps de s’adapter.
  4. Georges Heuchel.
  5. Napoléon III.
  6. Léon Duméril, fils de Louis Daniel Constant.
  7. Henri Delaroche.
  8. Banquiers.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Annexe

Monsieur C. Duméril

9 rue des lions St Paul

Paris9

Pour citer cette page

« Vendredi 11 mai 1860. Lettre de Charles Mertzdorff (Manchester) à son beau-père Louis Daniel Constant Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_11_mai_1860&oldid=35724 (accédée le 9 août 2022).

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