Mercredi 2 mai 1860

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Manchester) à son épouse Caroline Duméril (Paris)

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Ma chère petite amie je t'ai écrit avant-hier[1] de Londres pour te dire que j'ai fait bonne traversée.

Je serai tout aussi court aujourd'hui, que peut raconter un homme qui a passé tout son temps en chemin de fer ?

Si je te parlais de mes impressions de voyage je te conterais agriculture n'ayant absolument, sauf quelques stations, vu que des champs des moutons & des arbres assez chétifs.

Je viens de faire un tour dans la ville de Manchester qui a beaucoup grandi depuis mon séjour, mais elle n'est pas plus belle pour cela. figure-toi des maisons en briques se ressemblant toutes. Que ton imagination le noircisse au-delà de toute expression, que ton nez respire un air enfumé comme il ne le fera jamais, espérons-le & multiplie cette image par quelques mille & tu auras la ville que je vais avoir le plaisir d'habiter pendant trop longtemps.

A Londres j'ai fait visite à M. & Mme Rieder je les ai trouvés tous deux en compagnie d'un artiste Italiano aussi stupide qu'il est médiocre chanteur (avis de Mme Rieder) elle se <préparait> pour chanter une matinée à 3 h de l'après-midi.

Ils ont quelques leçons, commencent à chanter dans quelques concerts, mais réellement ils ne paraissent pas très heureux. Je n'ai fait qu'une visite très courte.

Je pense ce soir trouver une petite lettre de toi. Songe combien il me tarde de te lire, savoir comment va Miki[2] que j'ai laissée un peu souffrante.

Enfin mets-toi un peu à ma place & tu sauras tout ce que l'on souffre à être loin de tout ce que l'on aime.

Je te donne mon adresse

Albion hôtel Manchester  Angleterre.

Je sais que pour toi le temps passe sans que souvent au moins tu n'auras que peu de temps, mais savoir comment vous allez tous est tout ce que je demande journellement si cela ne te contrarie pas trop.

Embrasse tes parents[3] donne beaucoup de bons petits baisers à Miki n'oublie pas tout le jardin

Pour toi, je t'embrasse comme je t'aime ton dévoué

Charles Mertzdorff

Manchester le 2 Mai. Soir

Albion hôtel. Manchester.


Notes

  1. Il semble qu’il s’agisse de la lettre de la veille 1er mai.
  2. Marie Mertzdorff, leur fille.
  3. Louis Daniel Constant et Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Mercredi 2 mai 1860. Lettre de Charles Mertzdorff (Manchester) à son épouse Caroline Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_2_mai_1860&oldid=35016 (accédée le 26 juin 2022).

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