Mardi 28 février 1815

De Une correspondance familiale


Lettre de Louis Benoît Guersant (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Chenonceaux)


Paris, 28 février 1815.

J’attendais, mon cher ami, chaque jour, de vos nouvelles, et surtout avec impatience l’article sur les maladies des abeilles que vous m’aviez promis bien positivement. Je suis très pressé par le libraire et je compte lui remettre demain l’article Epizootie terminé, moins le dernier chapitre, où je comptais insérer votre article. Mais pour vous éviter l’embarras d’une rédaction que je n’aurais pas le temps d’attendre, faites-moi seulement le plaisir de me répondre courrier par courrier, s’il est possible, aux questions suivantes, qui me suffisent pour rédiger un petit chapitre sans trop d’erreurs :

1° Qu’est-ce qui arrive dans la ruche quand, par un vice d’organisation de la reine, la fécondation, ou plutôt la ponte, se trouve retardée jusqu’après le vingt et unième jour ?

2° Quels sont les symptômes de la diarrhée ? le vin, le sucre et le miel sont-ils un bon moyen pour y remédier ?

3° Quelle est la cause du vertige, en quoi consiste-t-il ? est-ce une maladie épidémique ?

4° J’aurais désiré plus de détails que vous ne m’en avez donnés sur le faux couvain ; quel est l’état du couvain ainsi dénommé ? Quelle est la cause de cette altération ? quel moyen employer pour arrêter cette contagion ?

5° Quelle a été la cause de la destruction de toutes vos ruches, il y a deux ans ? Quelle était la maladie qui les a ravagées ?

Excusez, mon cher ami, mon profane bavardage ; je suis ignorant et, qui pis est, un paresseux, qui n’ai pas le temps de lire tout ce qu’il faudrait pour me mettre au courant. En répondant à ces questions, vous m’éviterez ces recherches que je redoute, et vous me mettrez en état de parler comme un savant, même de ce que je ne connaîtrai pas.

Sans vous, je suis aux abois ; et, en vérité, vous devez bien avoir un peu pitié des paresseux, car vous l’êtes passablement. Répondez-moi promptement, c’est le seul moyen que je puisse me charger de plaider votre cause auprès de Mmes Duméril et Delaroche[1], qui sont très fâchées contre vous.

Vous voyez, mon cher ami, que vous ne pouvez résister à tous ces arguments.

Du reste, je vous embrasse de tout cœur et vous renouvelle l’assurance de l’amitié de ma femme et en particulier celle du meilleur de vos amis ;

Mille compliments de nos parts à Mme Bretonneau[2].

Vous avez su sans doute ce que contenait cette lettre, lors de votre passage à Amboise ; mais enfin j’ai préféré vous l’envoyer à la brûler.


Notes

  1. Alphonsine, épouse d’André Marie Constant Duméril, et sa mère, Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche.
  2. Marie Thérèse Adam.

Notice bibliographique

D’après Triaire, Paul, Bretonneau et ses correspondants, Paris, Félix Alcan, 1892, volume I, p. 266-267. Cet ouvrage est numérisé par la Bibliothèque inter-universitaire de médecine (Paris)

Pour citer cette page

« Mardi 28 février 1815. Lettre de Louis Benoît Guersant (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Chenonceaux) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_28_f%C3%A9vrier_1815&oldid=43172 (accédée le 15 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.