Mardi 16 juillet 1918

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé)

original de la lettre 1918-07-16 page 1.jpg original de la lettre 1918-07-16 page 2.jpg


16 Juillet 18

Mon pauvre petit,

Pendant que je jouissais du calme d’Ecuelles, la nouvelle offensive commençait ! Une effroyable canonnade entendue toute la nuit en avait averti ceux qui ont le sommeil plus léger que moi. J’espère que tu n’es pas encore dans l’enfer mais je n’ose guère penser que tu y échapperas. D’ailleurs je ne sais pas où tu es d’une façon précise.

Je suis rentrée hier avec 2 heures de retard pour entendre le premier coup de la Bertha. Ce n’est pas très terrible jusqu’ici. On dit cependant qu’il y a eu hier plusieurs victimes. Henri[1] a eu un succès inespéré en écrivant à un ingénieur qu’il connaît à Montparnasse et qui s’était déjà montré très obligeant complaisant pour faire retenir des places à Henri tout en l’obligeant à les occuper à Paris. Je crois que, le bombardement aidant, cet excellent homme a pris à cœur d’éviter le passage par Paris et il a fait des prodiges pour assurer aux Degroote un compartiment de couchettes qu’ils pourront n’occuper qu’en cours de route et garder jusqu’à Bordeaux, tandis que les couchettes, en été, prennent à Saintes la direction de Royan. Je ne ferai donc pas le voyage de Launay.

T’ai-je dit que le petit modèle de révolver n’ayant pas donné satisfaction, car il avait presque toujours le défaut que ton père[2] a constaté dans le modèle qu’il a essayé, on l’avait supprimé et on ne vendait déjà plus que le plus grand.

Je t’embrasse tendrement, mon cher enfant.

Emy

J’attends ton papa peut-être demain, au plus tard Vendredi.

André Parenty m’annonce qu’il arrivera ici Samedi soir avec sa grand-mère[3]. Ils passeront la nuit chez nous et partiront Dimanche pour Lourdes. André ne parle pas des projets de son père[4].

Lucie[5] craignant quelque modification dans ton adresse me charge de t’envoyer cette lettre.


Notes

  1. Henri Degroote.
  2. Damas Froissart.
  3. Grand-mère non identifiée, la mère de son père, Joséphine Courtois, étant réputée décédée en 1905 et la mère de sa mère, Marie Dambricourt, étant réputée décédée en 1912.
  4. Maurice Parenty.
  5. Lucie Froissart, épouse de Henri Degroote.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 16 juillet 1918. Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_16_juillet_1918&oldid=53291 (accédée le 14 août 2022).

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