Lundi 29 août 1859 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Léon Duméril et sa sœur Caroline, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à leurs parents Louis Daniel Constant et Félicité (Paris)

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29 août 59

Vieux Thann, Lundi

Samedi, mon cher papa, lorsque je vous ai donné de mes nouvelles, je n'ai pu entrer en de grands détails, en effet j'étais fort pressé, ayant en arrivant été voir Madame Mertzdorff mère'[1] puis ma nièce'[2]', et enfin ayant visité déjà toute la maison. Tu sauras donc que mon voyage s'est fort bien passé, nous étions 4 dans notre wagon, mes trois compagnons sont descendus à Bar-sur-Aube, me laissant seul jusqu'à Altkirch où sont montés dans ma voiture, un monsieur et une dame se rendant à Mulhouse pour leurs procès, car ils en avaient chacun trois ou quatre. A mon arrivée à Mulhouse j'ai été à l'Ange prendre une tasse de café et deux heures plus tard je mangeais de fort bon appétit avec Charles, Caroline et Georges'[3]', que l'on avait invité.

La maison est charmante, toutes les pièces y sont gaies, même la chambre à coucher avec sa seule fenêtre et son sévère papier vert et elles sont toutes excessivement commodes. Le soir j'ai été rendre une petite visite avec Georges à la petite maison des vignes, et en rentrant nous avons trouvé Mademoiselle Marie qui prenait l'air au Jardin. C'est l'endroit qu'elle affectionne le plus et elle voudrait toujours y être. Voilà qu'elle commence à parler beaucoup et rien qu'à l'entendre Caroline devine ce qu'elle veut dire. Cette pauvre sœur dans la nuit du Samedi au Dimanche a été prise d'une aphte'[4] dans la bouche qui l'a fait beaucoup souffrir craignant même un abcès, mais M. Conraux qui est venu hier matin l'a complètement rassurée, il s'est contenté de brûler cette aphte de peur qu'elle ne s'étende et lui a ordonné de se gargariser avec un breuvage astringent. A dîner elle n'a pu manger qu'un peu de soupe tant les autres aliments la faisaient souffrir en passant, mais dans la journée la douleur s'est beaucoup calmée et elle a pu faire un souper comme à l'ordinaire, et même mieux qu'à l'ordinaire. Ce matin elle va encore beaucoup mieux, et le pain trempé dans son café a parfaitement bien réussi.

Charles qui est parti ce matin à six heures pour son bain'[5] vient de rentrer en fort bonne santé, du reste le temps est admirable tous ces jours-ci... il faut espérer qu'il se maintiendra au beau pour le voyage de bon-papa'[6]'.

Adieu mon cher papa et ma chère maman, recevez les plus tendres amitiés d'un fils qui est soigné au Vieux-Thann de manière à justifier le désir qu'a manifesté Caroline de me rendre méconnaissable pour votre arrivée qui maintenant je l'espère ne peut manquer d'être prochaine.

LD.

J'ajoute un mot à cette lettre, ma chère maman, pour te dire que je vais beaucoup mieux, mais hier, ayant si mal à la gorge, j'ai craint un abcès et tous les souvenirs d'il y a 2 ans me sont revenus, aussi ai-je été bien inquiète, car comment aurais-je pu continuer à donner à téter ne pouvant rien avaler moi-même. Mlle Mimi n'a nullement souffert de mon indisposition, elle pousse comme un champignon, M. Conraux était frappé en la voyant hier ; ce sont ses bras qui sont quelque chose d'admirable de graisse et de rondeur avec un petit trou au coude. J'ai trouvé en effet Léon bien maigre, ce qui me contrarie en lui c'est une constipation obstinée, qui me dit-il n'est pas habituelle, j'ai bien envie de lui faire chauffer demain un verre d'eau de pulna[7]. Il est gentil et bien bon garçon, il ne m'a pas quittée hier. Je suis toute contente parce que < > avec une impatience qui augmente chaque jour.

Recevez les sentiments d'affection de vos enfants

CM


Notes

  1. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff.
  2. La petite Marie, fille de Charles Mertzdorff et Caroline Duméril, âgée de quatre mois et demi.
  3. Georges Léon Heuchel, neveu de Charles Mertzdorff.
  4. Le mot « aphte » est mis à tort au féminin par Léon.
  5. Charles Mertzdorff soigne ses rhumatismes à Wattwiller.
  6. André Marie Constant Duméril.
  7. L’eau minérale puisée à Pulna en Bohême, qui contient sulfates et magnésie, est largement exportée ; elle est utilisée dans les affections intestinales.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 29 août 1859 (B). Lettre de Léon Duméril et sa sœur Caroline, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à leurs parents Louis Daniel Constant et Félicité (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_29_ao%C3%BBt_1859_(B)&oldid=40496 (accédée le 13 août 2022).

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