Lundi 26 novembre 1917 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé)


original de la lettre 1917-11-26B page 1.jpg original de la lettre 1917-11-26B page 2.jpg


Lundi matin

Ta lettre nous arrive, mon cher enfant, avant que la mienne soit partie. Je viens tout de suite t’en remercier. Nous voyons que tu es bien occupé et nous pensons que tes occupations ne sont pas de tout repos ce que les communiqués paraissent confirmer. Le bon Dieu te protège, mon petit, cela me semble si bon de te savoir très complètement entre ses mains.

Je t’envoie tout ce que tu demandes. J’ai fait de grandes acquisitions de chaussettes à la vente Köchlin[1] et t’en adresse quelques-unes. Tu as dû recevoir la paire raccommodée que je t’ai envoyée. Françoise[2] demande instamment que vous ne jetiez pas vos chaussettes quand le pied est usé parce que, en tricotant un nouveau pied, elle utilisera la moitié de la laine représentée par la jambe. Rapportez ou renvoyez-les-lui.

Jacques[3] écrit que l’accueil de la population est loin d’être aussi chaleureux dans la zone des armées que sur le parcours. Ils sont assaillis par des bandes de maraudeurs, d’enfants qui ouvrent leurs robinets d’essence, qui chipent tout ce qu’ils peuvent et s’amusent à arroser, avec le liquide naturel dont ils disposent, des morceaux de carbure afin de faire exploser les bidons d’essence. C’est charmant !

Les officiers italiens que l’on oblige à quitter V.[4] cette nouvelle Capoue des bords de l’Adige pour gagner le front se montrent peu satisfaits, et partant, peu aimables à l’égard des nouveaux venus. Mais la vie est moins chère que sur le front français et matériellement on n’est pas mal.

Je t’embrasse tendrement.

Emy


Notes

  1. Koechlin.
  2. Françoise Maurise Giroud, veuve de Jean Marie Cottard, employée par les Froissart.
  3. Jacques Froissart, frère de Louis.
  4. Vérone.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 26 novembre 1917 (B). Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_26_novembre_1917_(B)&oldid=56480 (accédée le 27 septembre 2022).

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